- Chez les adolescents et pré-adolescents, on ne dit plus « avoir un amoureux ou une amoureuse », mais on se dit déjà « en couple » .
- Ce glissement reflète un besoin de reconnaissance et d’identité sociale, influencé par les réseaux sociaux et la pop culture.
- Cette quête précoce « du couple » s’explique par un manque de repères collectifs traditionnels. Explications.
À n’importe quel âge de la vie, l’amour est une affaire sérieuse. Si à l’âge adulte, il n’est pas rare de se dire en couple (avec plus ou moins de difficulté), il est plus surprenant d’entendre un préadolescent l’affirmer et en parler ouvertement avec ses amis. Être « en couple », qu’est-ce que ça signifie ? Il est évident que l’expression n’a pas la même signification chez les adultes et les enfants, et ce n’est pas la notion que l’on entend avec les critères d’adulte. « Chez l’adulte, être en couple renvoie à une relation définie, construite, stabilisée avec un engagement. Pour eux, c’est beaucoup plus flottant
« , explique Élodie Gentina, docteure en sciences de gestion et conférencière à l’IESEG School of Management, à TF1info.
Ainsi, lorsqu’un préadolescent ou un adolescent dit qu’il est en couple, « ce n’est pas seulement dire j’aime quelqu’un, mais c’est aussi dire que quelqu’un m’a choisi ».
Néanmoins, c’est une expression extrêmement floue, « parce que le couple est aussi une réalité affective ».
Elle précise : « Être en couple à cet âge, c’est peut-être se dire qu’on va se parler, s’écrire, se tenir la main, s’embrasser, s’envoyer des messages, s’afficher ensemble ».
L’adolescence a toujours été une étape de la vie où l’on cherche à plaire, « on cherche à être désirable, à être dans la norme
« . À cet âge, être en couple est considéré comme un marqueur identitaire mais également un marqueur social. Cependant, « ce qui est propre à la société actuelle, c’est peut-être que l’adolescence arrive plus tôt et commence parfois trop tôt
« . Résultat : se dire « en couple » arrive aussi plus tôt. Pour la sociologue, le couple a également une fonction symbolique, le « bébé couple » l’est tout autant. « Avant, il y avait des rituels qui marquaient le passage vers l’âge adulte : le baccalauréat, le permis de conduire, le service militaire… On n’avait pas besoin de se construire si tôt comme adulte. Aujourd’hui, on a perdu tous ces rituels qui étaient collectifs et vécus ensemble dans la société
. » Elle poursuit : « Les jeunes sont un peu perdus et vont rechercher dans la consommation, et être en couple en fait partie, une façon de faire comme s’ils étaient déjà des adultes ».
En résumé : des repères pour se construire et s’affirmer en tant qu’individu.
les adolescents ne cherchent pas seulement une relation
les adolescents ne cherchent pas seulement une relation
Elodie Gentina, docteure en sciences de gestion et conférencière à l’IESEG School of Management
La sociologue estime qu’il existe également une forme de romantisation précoce chez l’enfant, du fait que la notion de couple elle-même a une valeur psychique importante. Nous sommes dans une société qui compte de plus en plus de familles divorcées ou monoparentales. Les préadolescents vont donc chercher un soutien émotionnel ailleurs : auprès des amis, des amoureux, mais aussi à travers le couple ou encore… le smartphone.
Pour un préadolescent ou un adolescent, le couple devient une manière de se situer et de se sentir reconnu au début de l’adolescence. Cette expression traduit le besoin de se construire et de se définir par rapport aux autres, et de façonner son identité sociale. Pour Élodie Gentina, les réseaux sociaux jouent un rôle dans la mise en scène du couple : « C’est comme une injonction d’être avec quelqu’un pour faire comme tout le monde
« . Ils amplifient cette pression de ne pas être seul. Par ailleurs, « les adolescents ne cherchent pas seulement une relation, ils cherchent vraiment à ne pas être mis à l’écart d’un récit collectif où tout le reste du monde est en couple
« . Or, à l’adolescence, on cherche avant tout à intégrer un groupe de pairs, à être dans la norme, et pour cela « il faut faire comme les autres
« . La pop culture, les influenceurs et les séries impactent également la représentation du couple. Les adolescents et les préadolescents s’identifient aux personnages de séries « en ayant les mêmes préoccupations »,
mais ils ont aussi pour « modèles identitaires des youtubeurs qui racontent leur vie amoureuse
« . Ils agissent comme des miroirs, or « cette idée de l’amour, avec ses relations intenses, ses déclarations, et peu de contraintes liées au réel, est idéalisée par les réseaux sociaux, ce qui crée des attentes élevées dans leur vraie vie, autour de cette notion du couple
« .




