
« A l’école, elle aurait dû être en sécurité, elle aurait dû pouvoir faire confiance aux adultes. A la place, elle a rencontré l’humiliation, l’isolement, et un jour ce poids est devenu trop lourd à porter », a déclaré lundi 9 février Marie Dupuis, la mère d’Evaëlle, lors du procès en appel de la professeure de sa fille. A la barre de la cour d’appel de Versailles, Mme Dupuis a imploré la justice de reconnaître le harcèlement imputé à l’enseignante, relaxée en première instance. Le 21 juin 2019, quelques heures après son retour du collège, Evaëlle Dupuis s’était suicidée en se pendant, à l’aide d’un foulard, à l’un des barreaux de son lit.
« La passion d’Evaëlle était la lecture (…). Elle était coquette, elle aimait les chevaux et, par-dessus tout, son chat, Lancelot », a dit la mère de famille, des sanglots dans la voix. « Rendre justice, c’est responsabiliser cette professeure, qui ne se remet pas en cause et qui porte une responsabilité écrasante du fait de son statut », a ajouté Mme Dupuis.
Dans la matinée, la professeure de français s’était défendue d’avoir eu un comportement hostile envers la collégienne. « Il m’arrivait de répondre sèchement à des élèves, mais je n’ai jamais ciblé un élève en particulier », a déclaré à la barre, très calmement, l’enseignante de 63 ans.
A plusieurs reprises, cette dernière, aujourd’hui à la retraite, a maintenu sa version des faits : « Mon intention n’était pas de la mettre en difficulté mais de l’aider, au contraire. » « Oui, je lui ai fait des remarques sur son travail, sur le fait qu’elle faisait autre chose pendant la classe, mais comme je le faisais avec d’autres élèves », a-t-elle poursuivi.
La « pire journée de [sa] vie »
Evaëlle, était décrite comme une élève « précoce », « atypique » et ayant « du mal à entrer dans le moule ». Depuis son entrée en 6e au collège Isabelle-Autissier de la ville, les problèmes s’étaient multipliés pour l’adolescente, déjà victime de brimades à l’école primaire.
Victime de violences et d’insultes de la part de ses camarades, elle faisait aussi face à des tensions avec sa professeure de français. Elle était rentrée un jour chez elle bouleversée après une journée où l’enseignante avait demandé à tous les élèves de la classe de répondre à la question : « Pourquoi Evaëlle se sent-elle harcelée et exclue ? » Face à ses pleurs, l’enseignante s’était énervée et lui avait intimé de répondre aux questions. A ses parents, Evaëlle avait évoqué la « pire journée de [sa] vie ».
« La mettre au centre de cette séance de vie de classe, vous pensiez que ça allait pouvoir bien se passer ? », a interrogé la présidente de la cour d’appel, interloquée par la méthode de l’enseignante. « Ecoutez, il y a eu des avancées, je pense. Le but, c’était de résoudre les problèmes entre élèves », a-t-elle justifié.
« Je pense qu’elle s’en prend aux faibles »
Pendant de longues minutes, la professeure de français a écouté les nombreuses déclarations des élèves de 6e E entendus pendant l’enquête, lues à l’audience.
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Un enfant avait déclaré que l’enseignante « faisait beaucoup de remarques à Evaëlle. Elle lui criait souvent dessus ». « C’était contre Evaëlle tout le temps, je pense qu’elle s’en prend aux faibles », avait mentionné une autre camarade de classe.
Dans l’après-midi, la cour a également entendu le témoignage de J., un ancien élève qui a porté plainte pour harcèlement contre l’enseignante. Il a raconté les brimades, les moqueries dont il a été victime en cours de français : « Tu es débile. », « Tout le monde a compris sauf J. »
« Oui, j’ai pu avoir des propos peut-être un peu secs, un peu cassants. Mais ce n’était pas mon intention », s’est défendue la professeure. « Je ne voulais pas faire mal, je ne me disais pas : “chouette, je vais harceler un enfant” », a poursuivi l’enseignante, qui reconnaît avoir une « personnalité clivante ». Une autre ancienne élève a également porté plainte contre elle pour harcèlement.
En avril 2025, la professeure avait été relaxée au terme d’un procès éprouvant à Pontoise (Val-d’Oise). Le tribunal avait estimé que les éléments retenus contre l’enseignante étaient « discordants, indirects, peu précis » ou relevant simplement de « comportements appropriés et légitimes pour l’exercice de l’autorité d’un enseignant en classe ».
Le ministère public, qui avait requis dix-huit mois de prison avec sursis contre la professeure, avait fait appel du jugement. Depuis une loi de mars 2022, le harcèlement scolaire est reconnu comme un délit.




