- Ce mardi, Dahbia Benkired a assuré qu’elle ne voulait pas tuer Lola, 12 ans, qui se serait retrouvée au mauvais endroit au mauvais moment.
- Elle est jugée depuis vendredi pour le « viol » et le « meurtre » de la jeune fille le 14 octobre 2022.
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Meurtre de Lola, 12 ans, à Paris : l’heure du procès pour l’accusée
Une confrontation difficile et peut-être enfin, des révélations ? Ce mardi après-midi, au procès du meurtre de Lola, l’accusée Dahbia Benkired a revu pour la première fois l’homme qu’elle a sans doute le plus aimé dans et qu’elle dit, rictus aux lèvres et yeux rougis, aimer encore aujourd’hui : Mustapha M., 33 ans.
Cet homme brun et habillé de noir a connu la jeune femme qu’il appelle « Dina »
quand il avait 24 ans et elle 18. « Elle était très belle, très joyeuse »,
se souvient-il à la barre, comme nostalgique. « Je l’ai aimée »
, ajoute-t-il. « On avait ce lien fort de l’amour, de la vie. Avec le temps et la différence d’âge, elle a voulu découvrir d’autres choses »
, relate-t-il à la cour.
« Ça devenait toxique »
Selon Mustapha M., Dahbia Benkired a changé à la mort de son père et de sa mère en 2019 et 2020. Le couple s’était séparé juste avant, avant de tenter de se remettre ensemble plusieurs fois sans que cela fonctionne. « Elle n’allait pas bien quand elle a perdu ses parents. Y a eu un moment où pour moi c’était trop, ça devenait toxique, donc j’ai refusé de l’héberger »,
explique-t-il.
En 2022, Dahbia Benkired dort plusieurs fois chez lui car elle est dans le besoin. Puis c’est à la rentrée en septembre 2022, à son retour d’un voyage de deux mois, qu’il la revoit. « Je l’ai vue totalement différente, totalement changée »
. Mustapha M. constate tout de suite que la jeune femme va mal et qu’elle consomme beaucoup de drogues.
« Je n’ai pas vu le décollage mais j’ai vu la haute altitude et l’arrivée »
, décrit le témoin, citant le « visage creusé »
, et le manque de « joie de vivre » de la jeune femme, alors consommatrice de cannabis (20 joints par jour selon elle) et d’alcool. « Ça a été le début de la dégringolade. Elle a été lente mais exponentielle »,
décrypte-t-il.
« Je vais tuer des gens »
Quand ils se voient, 8 ou 10 jours avant le crime, elle l’informe qu’elle a rencontré quelqu’un, « que ce quelqu’un c’est lui »,
quelqu’un qui « parle comme lui »
, « qui lui ressemble »
mais « en vieux ».
Elle le confond apparemment alors avec Fatah A. qui a été entendu dans la matinée ce mardi et que l’accusée a tenu en partie responsable de son horrible crime. La jeune femme, qui avait rencontré cet homme à l’été 2022, a assuré à l’audience que ce dernier l’avait « violée », « empoisonnée »
et « ensorcelée ».
Elle affirme également à Mustapha M. que des personnes lui « ont fait quelque chose de bizarre, qu’il y avait des bougies, qu’ils étaient dans le noir ». E
lle lui dit aussi :« Je vais tuer des gens »
, selon le témoin. Le président s’étonne qu’il n’ait pas pris en considération alors cette déclaration. « Aujourd’hui, on est dans une cour d’assises,
il s’est passé ce qu’il s’est passé.
Mais à l’époque, j’y prête plus attention que ça »,
reconnait Mustapha M.
« Je te donne un rendez-vous après, j’ai un truc à faire »
Le magistrat le bouscule ensuite, bouleversant son récit en apparence presque lisse. Il lui rappelle que Dahbia Benkired avait déposé à son encontre une plainte pour « violences conjugales » (qui a été classée sans suite), que quand il l’hébergeait après la rupture, il couchait avec elle. Le témoin ne conteste pas et reconnait qu’il savait que la jeune femme avait des relations tarifées avec d’autres hommes.
Puis le président en vient aux nombreux échanges écrits entre la jeune femme et Mustapha M., de fin septembre au jour du crime. Des messages grossiers et salaces, où Mustapha M. impose sa domination, demande des fellations à son interlocutrice de la manière la plus crue qui soit. Un vocabulaire en décalage total avec le langage presque soutenu du témoin face à la cour. Mustapha M. dénonce aujourd’hui « ces propos inacceptables »
et parle de « taquinerie »
à l’époque.
Le magistrat lit ensuite les messages du 14 octobre 2022, jour du crime, notamment ce dernier message envoyé par Dahbia Benkired à Mustapha M. à 14h55, 16 minutes avant qu’elle ne coince la victime dans l’entrée de l’immeuble de la rue Manin. Dans ce message, elle lui dit : « Je te donne un rendez-vous après, j’ai un truc à faire »
. Un peu avant, elle lui en avait envoyé un autre en disant : «
Je vais faire un truc avec mes doigts ».
« Il est responsable de ce que vous avez fait à Lola ? »
Appelée à commenter ces messages, l’accusée assure qu’en septembre-octobre 2022, Mustapha M., était « méchant avec elle ».
« Moi je vais vous dire la vérité, je voulais lui faire du mal à lui, pas à la petite Lola. J’avais tellement mal, je voulais me venger. J’avais la haine contre lui »
, lâche-t-elle alors subitement. « Il avait une arme chez lui, je voulais lui tirer dessus mais pas pour le tuer »,
détaille-t-elle.
Selon ses déclarations, Lola Daviet se serait donc retrouvée au mauvais endroit, au mauvais moment.
« Vous nous dites cet après-midi qu’il est responsable de ce que vous avez fait à Lola ? »
, résume le président.
« Oui »,
répond l’accusée, précisant qu’elle n’était alors « pas dans son état normal ».








