mercredi, juin 24

Un ex-militaire jugé à Paris pour avoir animé un trafic d’armes dans la mouvance d’ultradroite pronazie, a tenté mercredi d’expliquer sa dérive, décrivant une éducation de violence tant « physique », « psychologique » qu' »idéologique » et affirmant avoir tourné la page de son passé de haine.

Arrêté dans une caserne en novembre 2023, Emilien K., 24 ans, est le pivot de ce procès devant le tribunal correctionnel de Paris qui, jusqu’au 3 juillet, juge six sympathisants de l’ultradroite la plus radicale, raciste et antisémite.

Comme quatre autres jeunes prévenus, cet ancien soldat encourt dix ans de prison, notamment pour association de malfaiteurs terroriste. Ils sont soupçonnés d’avoir projeté des actions violentes contre musulmans, juifs, communauté LGBTQ+ ou encore mouvements de gauche.

Si l’idéologie qui les animait ne fait pas débat, la réalité de ces projets devrait être plus contestée.

Jugé uniquement pour trafic d’armes, le sixième prévenu est aussi le plus âgé: c’est auprès de cet ancien policier de 61 ans, Jean-Paul C., appartenant à la même mouvance idéologique, qu’Emilien K. se procurait principalement les armes qu’il revendait et envoyait par colis à des admirateurs du nazisme, fascinés par la violence, avec qui il était en contact via le réseau social Telegram.

Ce trafic lui aurait rapporté quelques milliers d’euros en deux ans, dit-il, insistant avoir d’abord été animé par l' »appât du gain », prêt à vendre aussi aux islamistes radicaux ou à l’ultragauche, même si ses clients venaient en quasi totalité de sa mouvance idéologique.

Calme, clair, cohérent, Emilien K., qui comparaît détenu, explique avoir commencé ce trafic en 2021 après le retour d’une mission en Afrique. S’il reconnaît aussi l’idéologie radicale qui était alors la sienne, il s’emploie à convaincre qu’elle trouve sa source dans une enfance dysfonctionnelle, baignée de valeurs d’ultradroite et d’intégrisme religieux.

– « Eux contre nous » –

Selon lui, son père, un médecin parisien disposant d’une certaine renommée avec qui il a rompu tout lien, serait un admirateur de Pétain, un contempteur de De Gaulle, tenant des propos négationnistes, racistes ou antisémites.

Les symboles de sa mouvance idéologique sont partout dans son quotidien d’enfant, « sur les murs, dans la musique », détaille-t-il. Sa mère, proche de l’Action française, l’élève dans une vision traditionaliste du catholicisme.

Les deux partagent une défiance pour l’Etat, ancrant chez leur enfant la conviction qu’on doit tout assurer soi-même, y compris sa sécurité, dans une atmosphère d' »eux contre nous ».

Pour le reste, le couple ne s’entend pas et finit par exploser, raconte Emilien K. Pour lui dissimuler les tensions, selon lui, sa mère envoie l’adolescent en pension, dans le Cher, dans une institution intégriste hors contrat, où il reste jusqu’en 4e et qui sera fermée en 2017 pour des violences contre les élèves et dont le responsable, un religieux, sera condamné.

« Tout va de pair, et la violence physique, et la violence psychologique, et la violence idéologique », énumère le jeune homme. « Quand on grandit avec ça, on ne se rend pas compte d’où ça vient, ça apparaît comme normal », « c’est juste du quotidien », poursuit-il. Aussitôt le bac en poche, il intègre l’armée « pour de mauvaises raisons », celles d' »un gosse immature » qui a voulu « jouer à la guerre ».

Le ton posé contraste avec la haine nue, raciste, antisémite et pronazie, des échanges sur les réseaux sociaux exhumés par l’enquête, entre internautes aux pseudos éloquents (Heinrich, Charles Martel, BaguetteWaffen)… Interlocuteurs qu’Emilien K. pouvait saluer d’un « Sieg heil » et auprès de qui il pouvait exprimer le souhait d' »abattre un par un les bien-pensants de ce pays », selon l’enquête.

Confronté à ses actes et propos passés, Emilien K. explique à plusieurs reprises avoir été animé par le souci de « rassurer » ses « clients » d’ultradroite.

Aujourd’hui, ce père de deux enfants dit vouloir « faire retirer tous (ses) tatouages ». Il en conteste la portée idéologique mais ne veut plus qu’on puisse l' »assimiler à cette idéologie là ». Il assure « ne plus présenter de risque », avoir pris « le recul nécessaire sur (son) passé, (ses) actes et (ses) choix ». Il concède devoir encore avancer sur sa « colère » contre son père.

ng/mat/gvy

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