vendredi, août 28

L’économie, les retraites et la dette publique ont dominé le débat de plus de trois heures qui a réuni, jeudi, les sept principaux candidats à l’Élysée. Organisé par le MEDEF, la principale organisation patronale française, l’échange s’est déroulé au stade Roland-Garros.

Ce débat, intense et parfois tendu, marque une entrée en campagne présidentielle particulièrement précoce, à moins de huit mois du scrutin. À l’affiche de ce match, cinq primo-candidats déclarés – Gabriel Attal, Édouard Philippe, Bruno Retailleau, Raphaël Glucksmann et Marine Tondelier – affrontaient deux candidats rompus à l’exercice, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, qui comptent déjà trois candidatures à leur actif.

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L’enjeu pour les sept participants était de convaincre les chefs d’entreprise sur le terrain économique, sans renier leur positionnement politique.

Des positions divergentes sur l’Europe

Sur l’Europe, les candidats ont affiché des positions très divergentes sur la place que la France entend occuper au sein du bloc. Jean-Luc Mélenchon a affirmé sans détour qu’il comptait « désobéir » à « tout ce qui viendra de l’Europe en contradiction avec les intérêts des Français ».

« Nous devons donc modifier le traité qui fait l’Union européenne, parce que sinon nous allons mourir politiquement, socialement et industriellement parce que nous ne sommes pas en état de résister », a-t-il ajouté.

De son côté, Marine Le Pen a défendu devant les chefs d’entreprise une réduction des dépenses, à la fois au niveau de l’État et de l’Union européenne. Elle a notamment promis de diminuer de 5 milliards d’euros par an la contribution française au budget européen, qui s’élève actuellement à 29 milliards d’euros pour 2026.

La candidate a également plaidé pour la suppression de milliers de normes européennes. « À chaque fois que l’Union européenne impose une norme minimale, nous on fait mieux, on veut être le premier élève de la classe », a-t-elle déclaré.

Quant à Édouard Philippe, il a alerté sur l’avantage compétitif dont bénéficie la Chine face à la France, défendant la mise en place de quotas obligeant les entreprises chinoises travaillant avec la France à produire une partie de leurs biens sur le sol français.

« Nous devons convaincre nos partenaires européens de parler le langage de la puissance à la Chine et aux États-Unis », a-t-il déclaré.

Mais il a aussi estimé que des pays voisins comme l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne compensaient, voire bénéficiaient en partie, du manque de compétitivité industrielle de la France.

Une hypothèse à laquelle Raphaël Glucksmann a fermement répondu : « Je n’ai jamais rencontré d’entrepreneurs français qui m’expliquent que le principal danger c’est la concurrence allemande ou néerlandaise. Partout, on parle de la Chine. Le principal enjeu pour le prochain président de la République, c’est de taper du poing sur la table à Bruxelles » afin de protéger davantage les entreprises contre les importations chinoises.

Au cours du débat, Glucksmann a également dénoncé ce qu’il décrit comme « l’idéologie anti-Europe » de Marine Le Pen.

S’attaquer à la dette française

Si les candidats s’accordent à reconnaître que la France, qui affiche l’un des déficits budgétaires les plus élevés de la zone euro, traverse une situation économique délicate, ils se sont opposés sur les moyens d’y remédier.

Édouard Philippe a notamment qualifié de « dangereuse » la proposition de Jean-Luc Mélenchon d’annuler une partie de la dette publique française, notamment celle détenue par la BCE. « Brûler la dette » mettra la France en « interdit bancaire », a-t-il prévenu.

Ses propos interviennent alors que le candidat de la gauche radicale a réitéré, en campagne, son appel à la Banque de France pour qu’elle annule les titres de dette publique française qu’elle détient.

Réagissant à cette proposition, Gabriel Attal a lancé : « S’il suffit d’annuler la dette, pourquoi vous proposez en même temps d’augmenter les impôts ? C’est par pur sadisme ? »

Le leader de la gauche radicale a répliqué aux critiques en affirmant qu’il existait des « marges de manœuvre », accusant ses rivaux de « caricaturer » ses propositions. Mélenchon a également prévenu les chefs d’entreprise qu’un refus d’augmenter les salaires conduirait la France à la récession. « C’est votre responsabilité », a-t-il déclaré.

Marine Le Pen a, de son côté, indiqué qu’elle présenterait un plan d’économies de 125 milliards d’euros pour réduire la dette française « avant le débat budgétaire », qui doit s’ouvrir dans les prochaines semaines.

Retraites : un sujet toujours explosif

La réforme des retraites reste l’un des principaux points de fracture entre les candidats.

Après des manifestations massives et face au rejet politique du projet d’Emmanuel Macron de repousser l’âge légal de départ de 62 à 64 ans, l’Assemblée nationale a voté sa suspension jusqu’en janvier 2028.

Le prochain président devra donc rapidement se saisir à nouveau de ce dossier explosif.

Marine Tondelier s’est fermement opposée à repousser l’âge de départ à la retraite, tandis que Mélenchon a défendu une retraite « dans un premier temps à 62 ans », puis « au plus vite possible » à 60 ans.

Marine Le Pen s’est prononcée pour un retour de l’âge légal à 62 ans, tout en défendant un départ à 60 ans pour ceux ayant commencé leur « premier emploi significatif » à 20 ans ou avant.

Bruno Retailleau, président des Républicains, a indiqué qu’il détaillerait ses propositions sur les retraites dans les prochains jours, suggérant que l’âge de départ devrait évoluer en fonction de « l’espérance de vie ». Il a également estimé que les Français travaillaient trois semaines de moins par an que nombre de leurs voisins européens, jugeant nécessaire de travailler davantage au regard de la situation économique du pays.

Édouard Philippe a, pour sa part, estimé que, pour réduire son déficit et sa dette, la France devait faire ce que  »tous les autres pays d’Europe », de droite comme de gauche, ont accepté de faire : travailler « un plus longtemps » .

Mercredi, Patrick Martin, le président du MEDEF, a appelé à « faire voler en éclats le carcan » qui « étouffe » la France.

« Comment ne pas être exaspérés par le contrôle tatillon imposé par un gouvernement obsédé par la microgestion ? », a-t-il ajouté.

Patrick Martin a également critiqué l’Union européenne, notamment pour sa gestion des négociations sur les droits de douane avec le président américain Donald Trump, estimant que le bloc « n’a pas été à la hauteur de son rang et n’a pas pris les mesures nécessaires pour l’être ».

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