lundi, janvier 19

L’élection présidentielle au Portugal se décidera lors d’un rare second tour entre le candidat de centre gauche et le leader de l’extrême droite, qui a atteint dimanche un nouveau palier en se qualifiant pour le vote décisif prévu le 8 février.

Selon des résultats partiels quasi complets, le socialiste Antonio José Seguro, 63 ans, est arrivé en tête du premier tour avec 31% des suffrages, contre 23,5% des voix pour le candidat populiste André Ventura, 43 ans.

« J’appelle tous les démocrates, tous les progressistes et tous les humanistes à se joindre à nous pour, tous ensemble, vaincre l’extrémisme et ceux qui sèment la haine et la division parmi les Portugais », a réagi M. Seguro dans son discours de victoire.

Alors que l’élection d’un président portugais n’avait pas requis un second tour depuis 1986, ce scénario témoigne des bouleversements provoqués ces dernières années par la montée de l’extrême droite dans le pays ibérique.

« La droite s’est fragmentée comme jamais, mais les Portugais nous en ont donné le leadership », s’est félicité M. Ventura, en demandant aux électeurs de ne pas avoir « peur du changement ».

– « Pas de consigne de vote » –

Contrairement à ce que prévoyaient les sondages publiés avant le vote, M. Ventura n’a pas remporté ce premier tour mais poursuit sa progression électorale, qui a déjà fait de son parti Chega (« Assez ») la première force d’opposition au gouvernement de droite.

Le Premier ministre Luis Montenegro, reconduit en mai dernier à la tête d’un exécutif minoritaire, devra en tout cas cohabiter avec un chef de l’Etat qui n’est pas issu de son camp, contrairement au président sortant, le conservateur Marcelo Rebelo de Sousa.

« Moins d’un an après la victoire de la droite de Luis Montenegro, tout indique que le prochain président sera un socialiste », a commenté auprès de l’AFP la politologue Paula Espirito Santo, en se référant aux sondages publiés avant le vote de dimanche, selon lesquels M. Seguro remporterait un éventuel duel contre M. Ventura.

« Il s’agit d’une défaite pour le gouvernement lui-même », a ajouté cette analyste de l’Institut supérieur des sciences sociales et politiques de l’Université de Lisbonne (ISCSP).

Face aux résultats de dimanche, M. Montenegro a lui refusé de choisir entre M. Seguro et M. Ventura. « Notre espace politique ne sera pas représenté au second tour (…) et nous ne donnerons pas de consigne de vote », a déclaré le chef du gouvernement, qui s’est tantôt appuyé au Parlement sur l’opposition d’extrême droite, tantôt sur celle des socialistes.

– « Signal d’alerte » –

Au bout d’une campagne électorale à grand suspense, avec un nombre record de 11 candidats, le candidat soutenu par le gouvernement, Luis Marques Mendes, est arrivé en cinquième position, avec moins de 12% des voix.

Elu au suffrage universel, le président portugais ne dispose pas de pouvoirs exécutifs, mais il peut être appelé à jouer un rôle d’arbitre en cas de crise, disposant du droit de dissoudre le Parlement pour convoquer des élections législatives.

Toujours selon des résultats partiels quasi complets, c’est l’eurodéputé libéral Joao Cotrim Figueiredo qui a fini troisième, avec près de 16% des suffrages.

L’indépendant Henrique Gouveia e Melo, un amiral à la retraite qui avait dirigé avec succès la campagne de vaccination contre le Covid-19, a terminé quatrième, en obtenant un peu plus de 12% des voix.

La popularité croissante d’André Ventura constitue « un signal d’alerte » pour le Portugal « car les gens désespèrent de voir du changement », a témoigné Irina Ferestreoaru, une électrice de 33 ans d’origine roumaine.

Ayant fait le choix d’un vote utile à gauche, Alexandre Leitao, un biologiste de 50 ans, a dit assister avec « une grande inquiétude » à « une dérive vers l’extrême droite très négative ».

tsc/lf/tmt

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