Vendredi après-midi, à Blois, alors que Raphaël Glucksmann et Boris Vallaud s’expriment sous une nuée de caméras, Olivier Faure débarque à l’improviste. Le patron du Parti socialiste a bien l’intention de rappeler qu’il est ici chez lui, et interrompt l’eurodéputé pour lui serrer la main. Grise mine côté Glucksmann, où l’on apprécie moyennement de s’être fait voler la vedette.
Les deux hommes devraient, sauf retournement majeur de situation, s’affronter dans le cadre de la primaire sociale-démocrate prévue début octobre. Raphaël Glucksmann l’a officialisé dimanche sur le plateau du « 20 heures » de TF1 ; Olivier Faure devrait le faire dans les prochains jours.
Aux universités d’été du PS, l’hypothétique candidature de François Hollande est sur toutes les lèvres
À Blois, où se tiennent comme chaque année les universités d’été du PS, les discussions ont largement tourné autour de ce duel à venir. Chaque militant, chaque cadre, chaque élu est presque sommé de se positionner. Mais Olivier Faure le promet : il n’y aura « pas de sang sur les murs », et la primaire offrira un « débat sérieux, passionné ». « On a un intérêt commun à ce que les choses se passent bien, confirme Boris Vallaud, le chef des députés PS, auprès du HuffPost. Il nous faut une primaire propre, respectueuse ».
Une conviction largement partagée au sein d’un Parti socialiste pourtant habitué aux foires d’empoigne. « Si l’image que le PS donne, c’est de se déchirer sur tous les sujets, on sera dans une décrédibilisation totale », affirme le secrétaire général du parti Pierre Jouvet, lui aussi convaincu que la campagne sera « belle » et que « tout le monde se mettra derrière le candidat désigné », quel qu’il soit.
Pourtant, dans un camp comme dans l’autre, on sent une réelle animosité. Dans l’entourage d’Olivier Faure, on se plaît à rappeler que c’est le Premier secrétaire qui est allé chercher l’essayiste en 2019 pour lui proposer de prendre la tête de la liste PS aux européennes. Tout en minorant les qualités supposées de l’eurodéputé. « Raphaël Glucksmann est aussi haut parce que la nature a horreur du vide », tacle ainsi la députée Dieynaba Diop, qui considère que la très prochaine entrée en campagne d’Olivier Faure « peut changer la donne ».
« Des divergences » entre Faure et Glucksmann
Dans l’entourage du patron du PS, on ne manque jamais de rappeler que « Place publique a sûrement un programme », mais « qu’on ne le connaît pas encore ». Façon d’expliquer pourquoi il est impossible pour Faure de dire quelles sont ses « convergences » avec Raphaël Glucksmann sur le fond. « Nous ne sommes pas dans le même parti donc nous n’avons pas la même sensibilité », explique-t-on. « C’est vrai qu’il y a un certain nombre de divergences, notamment sur le rapport à LFI », pointe Aurore Lalucq, la co-présidente de Place publique, auprès du HuffPost.
Pour le moment, Raphaël Glucksmann jouit d’une importante longueur d’avance sur ses adversaires, et singulièrement sur Olivier Faure, puisqu’il est donné très haut dans les sondages. « Entre quelqu’un à 0 % et quelqu’un à 15 %, il n’y a pas match, cingle le député européen François Kalfon, rallié à Raphaël Glucksman, auprès du HuffPost. On ne fait pas campagne pour être une candidature de témoignage ».
Chez les militants, le statut de favori de Raphaël Glucksmann n’est pas si évident. « Il n’est pas socialiste », évacue Laëtitia, croisée dans les allées de la Halle aux grains de Blois. Pour elle, le patron de Place publique n’est pas en mesure de représenter les socialistes à la présidentielle, même si elle fera « sans doute » sa campagne s’il remporte la primaire. Elle lui reproche de « chercher les voix macronistes » et de ne pas suffisament parler de « social », un sujet cher à la gauche. À l’inverse, Jérôme estime que « c’est le meilleur candidat », compte tenu de son score aux dernières européennes notamment.
« Glucksmann n’a pas plié le match »
Certains craignent que la primaire soit phagocytée par un affrontement entre Olivier Faure et Raphaël Glucksmann. « Il ne faut pas, rétorque le député Emmanuel Maurel, probable candidat au nom de la Gauche républicaine et socialiste (GRS). Il faut que ça vire à la confrontation des points de vue. Et que le meilleur gagne ». Selon lui, « il faut qu’il y ait du monde à venir » voter à la primaire. « S’il y a de l’engouement, si les débats intéressent, il peut y avoir beaucoup plus de monde qu’escompté ».
Les outsiders (Jérôme Guedj, Philippe Brun et dans une certaine mesure Ségolène Royal) veulent déjouer les pronostics d’un second tour à venir entre Olivier Faure et Rapahël Glucksmann. Et continuent inlassablement de porter leurs propositions. Le premier défend sa ligne de « gauche républicaine », le second « la gauche populaire » et la dernière « un ordre juste » qui avait fait son succès en 2007.
Ainsi, Philippe Brun considère que Raphaël Glucksmann « n’a pas plié le match ». En dépit du fait que la primaire a été taillée sur mesure pour lui puisqu’elle est semi-fermée. « L’élection est très ouverte », jure-t-il, donnant rendez-vous lors des différents débats télévisés qui devraient émailler la campagne. Mais, là encore, le sujet divise. Le clan Faure plaide pour qu’il y ait un maximum de soirées, autour de 3, quand le clan Glucksmann défend l’idée d’un seul débat. Jusqu’au bout, les désaccords auront été persistants.
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