Depuis 2002, la loi dite Kouchner indique qu' »aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne » et que « ce consentement peut être retiré à tout moment ». L’association Stop VOG, qui lutte contre les violences gynécologiques et obstétricales, a voulu vérifier la bonne application de ce texte.
Dans une grande enquête nationale parue ce jeudi 18 juin, elle met en évidence « des atteintes fréquentes au consentement, des défauts d’information, des mauvaises pratiques médicales, des violences obstétricales et gynécologiques déclarées, ainsi que des conséquences importantes sur la santé physique et psychologique, le recours aux soins, ainsi que la confiance dans les professionnelles de santé ».
Ces dernières années, de nombreuses femmes ont témoigné de violences et de non-respect du consentement lors de consultations. Les résultats de cette étude, menée sur plus de 10.000 personnes, permettent d’en mesurer l’ampleur.
Selon celle-ci, près d’une personne sur deux (45,1%) a subi des violences obstétricales et gynécologiques: 28,7% des violences gynécologiques et/ou 24,5% des violences obstétricales, à savoir quand celles-ci concernent les périodes de la grossesse, de l’accouchement et de son suivi ou de l’avortement.
L’association liste sur son site différents types de violences: psychologiques, physiques ou sexuelles. Il peut s’agir d’un « mépris » de la douleur exprimée, d’actes forcés, de « coups » ou de harcèlement sexuel, agression sexuelle ou viol.
Non-respect du consentement
Dans cette enquête, plus d’une personne sur deux (56,3%) a déclaré avoir subi au moins une atteinte grave au consentement « pouvant s’apparenter à des violences sexuelles lors du parcours de soins gynécologiques », selon un indicateur établi par l’association Stop VOG. On y retrouve, par exemple, des examens réalisés sans prévenir, par surprise ou d’autres acceptés sous pression ou par sentiment d’obligation.
Lors de ces consultations intimes que constituent les examens gynécologiques ou obstétricaux, une patiente sur deux rapporte en avoir au moins subi un trop douloureux pour elle mais qui a été poursuivi malgré sa volonté de l’arrêter. Les actes les plus fréquemment cités dans le cadre de cette enquête sont la pose du spéculum (20,1%), le toucher vaginal (15,1%), le frottis (13,6%), la pose de stérilet (13,2%) et l’échographie endovaginale (12,4%).
En ce qui concerne l’examen du frottis, 66,7% des interrogées indiquent avoir eu leur premier avant l’âge de 25 ans, tandis qu’il n’est pas recommandé avant cet âge par la Haute Autorité de santé. En outre, près de 10% rapportent des gestes déplacés sur les parties intimes lors de ces divers examens.
Manque d’informations et asymétrie
Face à cette situation, les patientes sont nombreuses à réclamer des changements dans les pratiques. Au total, huit personnes sur dix disent avoir vécu au moins une atteinte à leur consentement lors d’une consultation gynécologique. Ainsi, elles sont près de 90% à souhaiter qu’on demande justement davantage ce consentement avant chaque examen.
Ce manque ressenti de consentement résulte notamment en partie également d’un manque de communication, rapporte l’association Stop VOG. En effet, plus de huit répondantes sur dix ont déclaré ne pas toujours avoir été suffisamment informées sur l’intérêt de chaque examen et sur son déroulé lorsque celui-ci était proposé pour la première fois.
« Le défaut d’information constitue assurément un obstacle majeur à un consentement éclairé », alerte Stop VOG.
L’organisme pointe également « l’asymétrie inhérente à la relation de soin » qui fait que 84,6% des patientes interrogées estiment qu’il est difficile de refuser un examen proposé par une professionnelle de santé.
Des conséquences durables sur la santé
L’enquête parue ce jeudi met également en lumière que 40% des personnes interrogées déclarent avoir subi au moins une discrimination, qu’il s’agisse de sexisme, grossophobie, racisme, LGBT-phobies ou discriminations liées au handicap. Plus largement, près de sept patientes sur dix « ont déjà été mises mal à l’aise, choquées ou blessées par une attitude, un geste ou un propos lors d’une consultation gynécologique ».
En outre, plus de la moitié des interrogées (55,85%) estime que leurs douleurs ou les effets secondaires ont été niés concernant leurs règles (39,08%) ou leur contraception (43,37%).
Toutes ces situations combinées viennent alors avec leur lot de conséquences. D’après cette nouvelle enquête, sept personnes sur dix se sont déjà senties mal physiquement ou psychologiquement après une consultation gynécologique. Plus grave encore, 53% des répondantes ont indiqué que cela avait entraîné un impact délétère sur leur suivi médical: peur de retourner consulter, renoncement à une ou plusieurs consultations gynécologiques, voire arrêt de tout suivi. Ce chiffre grimpe à 70% chez les personnes déclarant avoir subi des violences obstétricales et gynécologiques.
L’association Stop VOG entend tirer la sonnette d’alarme. « Les résultats de cette enquête affirment que les violences obstétricales et gynécologiques ne doivent pas être pensées isolément. Elles s’inscrivent plus largement dans le champ des violences sexistes et sexuelles en santé, à l’intersection des rapports de pouvoir, des normes de genre, des discriminations et de la relation asymétrique entre soignants et patients », écrit l’organisme, qui appelle à l’adoption d’une loi cadre intégrale sur les violences sexistes et sexuelles, incluant celles dans le domaine de la santé.
Article original publié sur BFMTV.com




