Une décision de justice qui rebat beaucoup de cartes. Marine Le Pen a été condamnée ce lundi 31 mars à cinq ans d’inéligibilité avec application immédiate dans le cadre du procès des assistants parlementaires des députés européens. La présidente des députés du Rassemblement national a aussi été condamnée à quatre ans de prison, dont deux ans ferme aménagés sous bracelet.
Il s’agit de la conséquence de la loi Sapin II, promulguée en 2016. Ce texte « prévoit des peines complémentaires pour les infractions qui s’inscrivent dans la catégorie des manquements au devoir de probité par des personnes dépositaires de l’autorité publique », précise le site Vie publique. Parmi ces peines, « il est notamment prévu un prononcé obligatoire de la peine complémentaire d’inéligibilité ».
Cela signifie, qu’en l’état actuel, la députée d’extrême droite ne pourrait pas se présenter à l’élection présidentielle en 2027. Sa décision de faire appel laisse néanmoins entrevoir une infime possibilité pour elle d’être candidate à l’Élysée pour la quatrième fois de sa carrière. En cas de relaxe en seconde instance, elle pourrait se présenter à la prochaine élection présidentielle.
Bardella a « la capacité d’être président de la République »
L’avenir politique de Marine Le Pen n’est pour autant pas totalement terni pour celle qui a bâti une longue partie de sa carrière sur sa volonté de devenir cheffe de l’État. Elle reste députée de la 11e circonscription du Pas-de-Calais et chef de file du groupe Rassemblement national à l’Assemblée nationale.
Mais pour se présenter à l’Élysée en 2027, la situation se complique pour la cheffe de file du RN. « Le Président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages exprimés », précise l’article 7 de la Constitution. Cette peine d’inéligibilité, si elle est confirmée en seconde instance, lui empêcherait de se présenter aux suffrages des Français.
Mais cette peine d’inéligibilité ne l’empêche pas de briguer des fonctions qui, elles, ne sont pas dépendantes du suffrage universel. Par exemple, elle peut toujours être nommée Premier ministre puisque selon l’article 8 de la Constitution, c’est « le Président de la République (qui) nomme le Premier ministre », et non le vote des Français.
De la même manière, Marine Le Pen pourrait aussi prétendre à des postes au sein du gouvernement, car c’est aussi le président de la République qui, « sur la proposition du Premier ministre (…) nomme les autres membres du gouvernement », toujours d’après l’article 8.
Un nouveau « ticket » pour 2027?
L’idée d’une candidature de Marine Le Pen à l’Élysée pour ensuite nommer Jordan Bardella à Matignon a longtemps été évoquée. Mais les rôles pourraient s’inverser suite à cette condamnation. Pour la première fois, Marine Le Pen a assuré à BFMTV que Jordan Bardella a « la capacité d’être président de la République ».
« Quand on atteint le niveau de Jordan Bardella à l’âge qu’il a, il n y a aucune raison de se priver d’une ambition qui pourrait dépasser celle qui est la sienne aujourd’hui », a-t-elle confié à notre antenne.
Dans un extrait de l’émission Une ambition intime consacrée au président du Rassemblement national, Jordan Bardella précise « ne pas avoir pensé » à cette possibilité. « On ne s’est pas mis dans ce scénario-là ».
« Le fait de chercher à empêcher quelqu’un d’être candidat à une élection, ça ne neutralise pas les idées de la personne pour autant. Ce n’est pas une décision de justice qui nous empêchera de faire de la politique », poursuit-il dans cet extrait diffusé sur le compte Instagram de Karine Le Marchand.
Selon un sondage Odoxa publié le 26 novembre 2024, 59% des sympathisants du parti d’extrême droite préfèrent une candidature de Jordan Bardella contre 37% pour Marine Le Pen.
Article original publié sur BFMTV.com