vendredi, janvier 2

C’est une constante. Sur l’international, le positionnement de la France insoumise fait (souvent) grincer des dents dans l’hexagone. Chine, Russie, Israël… Le mouvement mélenchoniste revendique une lecture qui tranche souvent avec celle d’une large partie de la classe politique. Dernier exemple en date : les révoltes qui secouent l’Iran ces derniers jours. Provoqué par une hausse de l’inflation et des pertes consécutives de pouvoir d’achat, le mouvement de protestation a pris de l’ampleur, et agrège des revendications plus larges ciblant le régime des mollahs, à l’image de la mobilisation « femme, vie, liberté ».

Vus de France, les événements sont largement perçus comme une remise en cause du pouvoir islamiste installé à Téhéran depuis 1979. Plusieurs élus, de gauche comme de droite, voient dans cette révolte l’étincelle qui pourrait permettre aux Iraniens de se libérer du joug d’une dictature qui opprime son peuple.

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Une oppression notamment symbolisée par le combat de ces femmes refusant l’obligation du port du voile. « Un jour le peuple iranien aura raison de la dictature des mollahs. Ce sera un grand jour pour l’Iran et pour tous les amoureux de la liberté. Solidarité totale avec les Iraniennes et les Iraniens qui bravent une nouvelle fois la répression », a notamment réagi l’eurodéputé Place Publique Raphaël Glucksmann, à l’unisson de plusieurs élus français, de gauche comme de droite.

« La vie chère »

Or, du côté de la France insoumise, c’est d’abord l’aspect économique de cette révolte qui est soulignée. « Vive le courage du peuple iranien qui se mobilise contre la vie chère et pour ses droits », a commenté ce jeudi 1er janvier sur son compte X le coordinateur national de LFI, Manuel Bompard. « Les manifestations populaires en Iran témoignent de l’impasse d’un pouvoir religieux à gérer une société développée sans la bâillonner », a de son côté estimé Jean-Luc Mélenchon, affirmant regarder « avec sympathie l’insoumission populaire qui affirme le droit à une vie digne ».

Toutefois, le triple candidat à l’élection présidentielle accuse en creux Israël de souffler sur les braises, affirmant que « le Mossad cherche à exaspérer les tensions entre Iraniens ». Une référence à des messages de soutien publiés en perse par les services de renseignements israéliens sur les réseaux sociaux. Dans un long billet également publié sur X, le député LFI Hadrien Clouet analyse les événements comme un soulèvement contre un système néolibéral. Une lecture qui lui a valu une avalanche de réponses indignées, auxquelles il a répondu en invoquant plusieurs données économiques. Car à travers ces prises de position, la France insoumise a été accusée de minorer la dimension politique de la révolte, et la responsabilité de ce régime autoritaire, par ailleurs jamais qualifié d’« islamiste » par les cadres insoumis.

« Cette réduction des causes de la révolte est un crachat sur les tombes des centaines de jeunes filles et garçons, de militantes, pendus, violés, disparus dans les prisons de la dictature islamiste et des mollahs », a dénoncé sur le même réseau social la sénatrice socialiste Laurence Rossignol, en réaction à la publication de Manuel Bompard. « Rare image d’une mobilisation “contre la vie chère” en Iran… Rien à voir avec la révolte d’un peuple contre l’obscurantisme et l’oppression d’une théocratie islamiste. Honneur aux femmes et à la jeunesse iraniennes qui résistent et, je l’espère, ignorent ces mots de LFI », a renchéri le député Place Publique Aurélien Rousseau, en joignant à sa publication une photo montrant une Iranienne manifestant sous le slogan « femme, vie, liberté » en 2023.

Vision géopolitique

En réponse à l’un de ses détracteurs, Manuel Bompard s’était défendu en expliquant ne pas voir en quoi « rappeler que la crise économique est la cause des dernières mobilisations enlève quoi que ce soit à la légitimité de la lutte contre le régime ». Sauf que, ce n’est pas vraiment ce qui est reproché à LFI, mais plutôt la relégation au second plan de la dimension politique de cette révolte. Comme s’il était pertinent de résumer la Révolution française aux seules difficultés économiques et financières de la monarchie sous Louis XVI. Comme si quarante ans de dictature et de répression ne pesaient pas un peu plus dans la colère criée par le peuple iranien. Comme si le salut de la société iranienne ne passait pas prioritairement par un changement de régime, lequel serait (forcément) aligné avec les intérêts américains et israéliens dans la région.

En réalité, cette perception de la situation colle à la vision géopolitique de Jean-Luc Mélenchon qui, en 2017, proposait de rejoindre « l’alliance bolivarienne », une instance au sein de laquelle siégeait, aux côtés de la Russie et de la Chine, l’Iran d’Hassan Rohani. Soit un logiciel international systématiquement hostile à tout ce qui fragiliserait le bloc opposé aux États-Unis, perçus comme « impérialistes » et exclusivement tournés vers la prédation et la confiscation de matières fossiles. Raison pour laquelle les élus insoumis ont rarement été les plus bruyants lorsqu’il s’agissait de condamner le régime pour ce qu’il est. « Ils n’ont jamais soutenu les Iraniens contre leur régime pendant 47 ans, n’ont jamais dénoncé ses crimes », estimait ainsi la politologue iranienne Mahnaz Shirali dans La Dépêche.

Citée cette fois par Libération, la spécialiste s’oppose (sans le dire explicitement) aux conclusions que tire LFI de la situation sur place : « Séparer le politique de l’économique est une erreur. Les grandes révolutions, dans l’histoire, ont toujours éclaté, au début, pour le pain, le blé ou la pomme de terre. Les gens ne sortent pas massivement dans la rue pour la démocratie et la liberté». Et la même d’insister : « La contestation économique n’est pas différente de la contestation politique. Les causes sont liées, les cibles de la colère sont les mêmes ».

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