Livre. Si, en 1929, la romancière anglaise Virginia Woolf revendiquait « une chambre à soi », dans un essai resté célèbre, pour les femmes, c’était avant tout pour celles qui écrivent – ces messieurs avaient un cabinet de travail quand les dames devaient se contenter d’un coin de table. Près d’un siècle plus tard, dans son essai fraîchement publié, D’une chambre à soi à l’invention de soi (Albin Michel, 184 pages, 18,90 euros), l’éditrice littéraire et romancière Claire Delannoy revient sur « la nécessité contemporaine pour [toutes] les femmes de s’inventer un espace à soi » : un espace de liberté, non tributaire du social.
L’autrice rappelle l’injustice effarante et inconsciemment admise qui préside aux rapports entre hommes et femmes. « Le mythe sexiste est à la base de toute activité humaine, ce n’est pas une idéologie parmi d’autres, c’est l’idéologie en soi. (…) C’est la grande idée centrale de l’humanité », écrit-elle. Aujourd’hui encore, les femmes doivent lutter contre les discriminations, les réflexions genrées, les actes délictueux, sans compter que les responsabilités domestiques et l’éducation des enfants reposent grandement sur elles.
C’est pourquoi elles ont, davantage que les hommes, besoin d’un lieu à elles, où les préjugés, les injonctions et les peurs n’ont plus cours. C’est une terre de repos et de cogitation, où les perspectives s’élargissent, où l’esprit vagabonde, où l’imagination se libère. Déconstruire les stéréotypes, questionner les vieilles traverses du féminin infériorisé… tout cela n’est possible que si l’on s’extrait du quotidien et des pressions accumulées. Pour les unes, la lecture de fictions ou d’essais peut servir de refuge. Pour d’autres – ou les mêmes –, la marche, le sport, l’écoute musicale, la pratique méditative, ou encore la flânerie créent le sas propre pour pénétrer dans l’« espace du dedans ».
Accents rétrogrades
Ce lieu, que l’autrice appelle de ses vœux, est « l’espace du neutre ». Il est, bien sûr, chimérique, à court terme, que le masculin et le féminin soient dissous au profit d’une neutralisation des sexes. Mais la troisième dimension du neutre représente « la possibilité de ne pas être à tout moment assujetti à son sexe de naissance (ou de transition), à chaque minute de son existence ne pas être cloué au pilori de l’identité (sexuelle, raciale, ethnique, etc.) ».
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