jeudi, janvier 29

 

De notre correspondante à Dakar, Pauline Le Troquier

Sur cette vidéo consultée par RFI, filmée au lendemain de l’incident (le 28 novembre), la coque du Mersin est perforée au niveau de quatre points d’impact : deux à bâbord, deux à tribord. Les brèches – de plus d’un mètre pour la plus importante d’entre elles – laissent apparaître la tuyauterie du navire en partie dégradée.

Ces images permettent de conclure à un sabotage du navire à partir d’engins explosifs. Selon plusieurs experts militaires, qu’il s’agisse de la netteté des brèches, de leur localisation en dessous de la ligne de flottaison ou encore de la propagation de microfissures autour des impacts principaux, tout oriente vers la pose de mines magnétiques par des plongeurs : 5 kg d’explosif minimum pour chaque brèche.

De quoi percer la coque du navire faite de plaques d’acier « entre 15 et 20 mm d’épaisseur » poursuit l’une de nos sources, un ingénieur spécialiste du secteur pétrolier offshore. La coque, enfoncée vers l’intérieur du navire au niveau des brèches, confirme elle aussi une onde de choc d’origine externe.

Fait notable, les impacts sont tous concentrés au niveau de la salle des machines. Un ciblage réfléchi ayant privé le Mersin de moteurs fonctionnels et qui montre une volonté de neutraliser le navire plutôt que de le couler, lui et ses 39 000 tonnes de carburant à bord.

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Pour un spécialiste naval, seule une puissance disposant de moyens et de capacité de plongée avancés est capable de mener une opération si minutieuse. C’est la première fois qu’un navire soupçonné d’appartenir à la flotte fantôme russe – ces bateaux utilisés pour contourner l’embargo sur les hydrocarbures – est visé dans les eaux africaines. Rien ne permet d’identifier ses auteurs. Mais ces derniers ont vraisemblablement cherché à envoyer un message de mise en garde à Moscou…

À cette heure, le Mersin est toujours immobilisé à une vingtaine de kilomètres de Dakar, là où il stationnait depuis deux mois au moment de l’attaque. Parti du port russe de Taman le 21 août 2025, le pétrolier opéré par l’armateur turc Besiktas avait d’abord fait escale au Togo avant d’arriver dans les eaux sénégalaises. Pour rappel, son tirant d’eau trop élevé l’avait contraint à rester dans la rade extérieure du port, dans l’attente d’instructions. Son immobilisation de plusieurs semaines avait intrigué les spécialistes du trafic maritime.

Les opérations se poursuivent aujourd’hui autour du pétrolier, deux mois après les quatre explosions à l’origine de son déséquilibre. Une situation qui avait fait craindre un risque de marée noire. Selon le port autonome de Dakar, le Mersin est aujourd’hui stabilisé. Les brèches ont été colmatées, la salle des machines envahie par les eaux est en cours de vidange. Le carburant à bord, lui, n’a pas encore été évacué.

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