samedi, janvier 3

« Il mérite de sortir ». L’avocate du détenu du quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de la prison de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) qui a quitté sa cellule ce lundi 24 novembre a défendu la décision judiciaire de lui accorder une permission de sortir pour raisons professionnelles.

« Le juge d’application des peines puis la cour d’appel ont décidé coup sur coup d’accorder une permission de sortir à quelqu’un qui a présenté tous les gages possibles de réinsertion », assure Me Marie Violleau sur BFMTV.

Son client fait partie des 100 détenus considérés comme les narcotrafiquants « les plus dangereux » et transférés cet été au QLCO de Vendin-le-Vieil sur décision de Gérald Darmanin. Mais selon l’avocate, il n’a rien à faire dans cette prison.

« Il y a un problème sur la décision initiale d’affectation dans ce quartier de lutte contre la criminalité organisée », a-t-elle dénoncé, évoquant des « critères extrêmement flous ». « On ne sait pas pourquoi on a choisi tel détenu à la place de tel autre », selon elle.

« Comportement exemplaire »

Âgé de 52 ans, ce détenu a été condamné en 2012 à 8 ans de prison pour trafic de stupéfiant. Il s’est évadé en 2014 grâce à l’intervention d’un commando armé avant d’être arrêté deux semaines plus tard, puis condamné pour cette évasion.

Cet homme est considéré par une source policière consultée par BFMTV comme l’un des barons du trafic de stupéfiants de La Courneuve (Seine-Saint-Denis) dans les années 2000.

Mais selon son avocate, « ça fait des années que des conseillers d’insertion et de probation, des directeurs de prisons, des psychologues, des psychiatres disent que cet homme à un comportement exemplaire, qu’il est sur le chemin de la rédemption et qu’il mérite de sortir ».

Sa fin de peine est prévue pour 2029. Il pourrait prochainement bénéficier d’une libération conditionnelle, puisqu’il arrive à mi-peine. Pour cela, il doit trouver un emploi. C’est pour cette raison qu’une permission de sortir lui a été accordée.

Ce lundi, il a rendez-vous avec un potentiel employeur dans l’agglomération lyonnaise. Un entretien en visioconférence « ne lui aurait pas permis de montrer qu’il était digne de la confiance que l’autorité judiciaire plaçait en lui », a plaidé son avocate.

« Il n’est pas surveillé, il n’est pas escorté. Il va d’un point A à un point B pour préparer sa réinsertion », a également rappelé Me Violleau.

Selon l’entourage du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez à BFMTV, un « dispositif » de sécurité sera toutefois mis en place toute la journée.

Darmanin réclame un « juge d’application spécialisé »

L’autorisation de sortir avait suscité dès samedi l’incompréhension de syndicats pénitentiaires, l’Ufap-Unsa Justice s’émouvant dans un communiqué d' »une décision totalement déconnectée des exigences, des réalités et des contraintes imposées chaque jour aux personnels pénitentiaires ».

« On ne peut pas imposer un régime ultra-renforcé, dire publiquement qu’on y incarcère les plus grands narcotrafiquants du pays et voir s’appliquer des décisions qui contredisent cet ensemble frontalement », a déploré Alexandre Caby, secrétaire général de l’Ufap-Unsa Justice.

« La décision d’accorder une permission de sortir relève de l’autorité judiciaire, qui statue de façon indépendante », a commenté dimanche le garde des Sceaux Gérald Darmanin sur X, tout en rappelant « l’opposition du procureur de la République et du chef d’établissement de la prison » à cette décision.

Cet « épisode » met selon le ministre de la Justice « en lumière un enjeu plus large: notre cadre législatif d’application des peines doit être pleinement revu face aux réalités de la grande criminalité organisée ».

Gérald Darmanin dit souhaiter, comme en matière de terrorisme, « un droit spécifique et un juge d’application spécialisé qui connaît parfaitement les profils dangereux », et entend proposer ces changements dans le cadre du prochain texte de loi qu’il présentera « en début d’année prochaine ».

Voulus par Gérald Darmanin pour accueillir les principaux narcotrafiquants, les QLCO visent notamment à les empêcher de communiquer avec l’extérieur, pour éviter qu’ils continuent de gérer leurs trafics depuis leurs cellules. Leur création a été actée dans la loi narcotrafic, promulguée en juin.

Article original publié sur BFMTV.com

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