vendredi, mars 20

  • Quatre ans après la diffusion de son dernier épisode, la série phénomène venue d’Angleterre s’offre un ultime tour de piste sur Netflix ce vendredi 20 mars.
  • Cette conclusion de près de deux heures voit l’ancien leader du gang le plus redouté de Birmingham sortir de son exil pour venir en aide à son fils illégitime, prêt à s’allier à l’Allemagne nazie.
  • « Je voulais un début explosif, littéralement », nous explique le créateur de cet univers Steven Knight, qui signe un scénario empreint du mysticisme de la culture romani.

Son look a été maintes fois copié. Sans jamais être égalé. Tommy Shelby ressort sa casquette gavroche du placard une dernière fois dans Peaky Blinders : l’Immortel, conclusion aussi haletante qu’émouvante d’une série culte très anglaise plébiscitée dans le monde entier. Lancée en 2013 sur BBC Two, la fiction de Steven Knight s’installait dans un Birmingham post-Grande Guerre, où règne en maître un gang criminel aux mains du même clan ultra-violent d’origine irlandaise et romani. 

Les histoires familiales se mêlaient à la grande au rythme de tubes rock so british, dont « Red Right Hand » de Nick Cave & The Bad Seeds choisi comme générique après avoir fait frémir les spectateurs de Scream au cinéma. La popularité de ces « gens bien qui font le mal pour de bonnes raisons », selon leur créateur, n’a fait que grandir avec l’arrivée des épisodes sur Netflix. Après six saisons de luttes et de morts dévastatrices, leur récit n’était pourtant pas tout à fait terminé.

Tommy a toujours été ambivalent à propos de la vie et de la mort

Steven Knight, créateur de « Peaky Blinders »

« La première chose que je voulais élucider avec Peaky était la suivante : peut-on échapper à ses origines ? », s’interroge Steven Knight dans les notes de production du film. Comment cette suite, disponible ce vendredi 20 mars uniquement sur Netflix, répond-elle à cette question ? « Je pense que Tommy n’échappe probablement jamais à ses origines. Et au final, sans doute vers la quatrième saison, il décide qu’il ne veut pas, parce que ce n’est pas possible. Je pense que c’est tout à fait vrai au Royaume-Uni. Peut-être qu’en France, c’est différent », nous taquine le scénariste que nous rencontrons sur Zoom à la toute fin du mois de février.

« Mais Tommy s’échappe d’une manière complètement différente, sur le plan spirituel je crois. Il a toujours été ambivalent à propos de la vie et de la mort », fait remarquer Steven Knight. Peaky Blinders retrouve son héros six ans après l’avoir quitté, en 1940. Installé dans un manoir en ruines, l’ancien homme fort de Birmingham est tellement hanté par les fantômes de son passé qu’il en est presque devenu un lui-même. 

« C’était un élément très important de l’histoire. À cette période de sa vie, il a vraiment l’impression que ces personnes lui rendent visite », commente pour TF1info son interprète Cillian Murphy. « Qu’il s’agisse d’un symptôme de traumatisme ou de chagrin, de deuil, de culpabilité ou autre, il a l’impression qu’il peut voir ces personnes et entrer en contact avec elles. Elles sont extrêmement présentes dans sa vie. C’est aussi ce que représente Kaulo », incarnée par la nouvelle venue Rebecca Ferguson (Dune).

Ma mère a travaillé dans cette usine pendant la guerre. Elle n’y était pas la nuit du bombardement parce que l’un de ses enfants était malade

Steven Knight, créateur de « Peaky Blinders »

« Nous ne savons pas exactement sur quel plan elle existe. Elle va et vient tel un spectre. Le personnage de Polly Gray incarnait parfaitement ce monde par le passé. Et Tommy aurait peut-être été un peu plus sceptique à ce sujet, je suppose, dans le passé. Mais maintenant, il y est très favorable », insiste l’acteur irlandais, oscarisé pour Oppenheimer il y a deux ans. 

L’action démarre au rythme du Blitz, par le bombardement meurtrier de l’usine Small Arms Company qui a profondément marqué Birmingham en novembre 1940. « Ce n’était pas le point de départ du scénario, mais c’était quelque chose dont je voulais parler. Ma mère y a travaillé pendant la guerre. Elle n’y était pas la nuit du bombardement parce que l’un de ses enfants était malade. C’est donc quelque chose que je connaissais, dont on m’a parlé quand j’étais enfant », nous raconte Steven Knight, né 19 ans après les faits relatés. « On a offert aux employées de l’usine la possibilité de se rendre dans les abris, mais elles ont choisi de continuer à travailler. Je voulais leur dédier le film à la fin », note-t-il.

Oscarisé pour « Oppenheimer », Cillian Murphy retrouve Tommy Shelby dans « Peaky Blinders : l’immortel ». – NETFLIX

Sur un plan purement scénaristique, le cinéaste britannique souhaitait aussi « un début explosif, littéralement ». Une manière de perpétuer l’essence même de la série, mêlant fiction pure et récits transmis par ses proches à propos des vrais Peaky Blinders. Ceux du film sont désormais dirigés par Duke, le fils illégitime de Tommy que joue avec force l’Irlandais Barry Keoghan (Saltburn). 

Sans foi ni loi, le jeune homme est embarqué dans une histoire peu connue de la Seconde Guerre mondiale mais bien réelle, l’opération Bernhard. Ou comment des traîtres à la Nation britannique ont tenté de faire s’écrouler le système monétaire à coups de faux billets de livres sterling afin de faire basculer le conflit en faveur de l’Allemagne nazie. Sous le chapeau de l’odieux John Beckett, le trésorier de la British Union of Fascists que vous adorerez détester, Tim Roth était le premier choix de la production.

On avait vraiment l’impression d’être dans un vieux film, ce qui est très rare de nos jours

Tim Roth, sur les conditions de tournage « à l’ancienne »

« Le casting est généralement une étape très difficile », reconnaît le réalisateur Tom Harper, de retour après avoir signé la moitié de la saison 1. « Mais si vous avez un scénario de Steven Knight et si votre acteur principal est Cillian Murphy, cette logistique est en fait assez simple, car vous demandez simplement : ‘Voulez-vous le faire ?’ et ils disent oui ! », lance-t-il en riant. En témoigne le recrutement de Tim Roth, via un SMS de Cillian Murphy. « C’était bizarre. Je lui ai écrit pour savoir s’il allait bien après les Oscars parce que c’est trop fou. Il m’a dit qu’il allait bien puis il m’a demandé : ‘Tu veux du travail ? On est en train de préparer le film Peaky Blinders‘. J’ai dit oui tout de suite », se souvient-il pour TF1info.

La légende britannique Tim Roth incarne un traître britannique qui pactise avec l'Allemagne nazie dans le film "Peaky Blinders : l'Immortel".
La légende britannique Tim Roth incarne un traître britannique qui pactise avec l’Allemagne nazie dans le film « Peaky Blinders : l’Immortel ». – NETFLIX

L’acteur britannique de légende, à l’affiche de Reservoir Dogs et Pulp Fiction, loue un tournage « à l’ancienne », « sans fond vert » ni « mouvements de caméras extravagants ». « On avait vraiment l’impression d’être dans un vieux film, ce qui est très rare de nos jours », sourit-il. Lui qui n’avait jamais vu un épisode de la série avant de jouer dans sa suite compte désormais rattraper son retard. Rebecca Ferguson a dévoré les deux premières saisons mais, pour elle, c’est dans les yeux du public que s’observe le mieux l’effet Peaky Blinders. « Lorsqu’on m’a proposé ce film et que j’en ai parlé autour de moi, j’ai constaté l’enthousiasme de ceux qui ont vécu avec cette famille, leurs traumatismes et tout ce qu’ils ont traversé. Ça, c’est magique pour moi », analyse-t-elle.

Le public n’aurait sans doute pas été aussi accro sans le magnétisme de Cillian Murphy qui donne vie aux scénarios aiguisés de Steven Knight. « Il y a quelque chose avec son jeu d’acteur, en particulier dans la manière dont il interprète Tommy Shelby », analyse le créateur de la série. « Il vous tient à l’écart puis laisse entrer un peu de lumière, juste ce qu’il faut pour donner envie aux gens de s’approcher et d’en redemander encore et encore. Son truc, ce n’est pas de fondre en larmes. Il ne laisse pas transparaître ses émotions », détaille-t-il. « Ça veut dire que quand il le fait, vous le ressentez pleinement », renchérit Tom Harper.

Bientôt un livre ?

Du héros qui a changé sa vie, Cillian Murphy n’a pas gardé grand-chose de concret. « J’ai un de ses manteaux mais je ne le porte jamais, évidemment ! Je n’en ai pas l’occasion », s’amuse l’acteur irlandais, prompt à ajouter qu’il a en revanche conservé « tous ses scénarios de la série, annotés avec ses remarques ». C’est peut-être par l’écrit que l’héritage de Peaky Blinders se poursuivra à l’avenir. Dans le film, Tommy Shelby rédige ses mémoires. Steven Knight s’esclaffe quand on lui demande s’il a prévu de publier ce livre. 

« C’est très drôle que vous disiez ça parce qu’on en parlait à l’instant avec Tom ! Pour pouvoir enregistrer la voix-off et avoir des plans du livre, j’ai commencé à écrire comme si j’étais Tommy Shelby. Et j’ai adoré ! J’ai vraiment apprécié l’expérience. Donc je n’ai pas pu m’arrêter. J’ai pas mal écrit », révèle-t-il. À ses côtés, le réalisateur Tom Harper nous assure avoir déjà lu « quelques chapitres ». « Ils sont excellents. J’essaie de le persuader. Je trouve que ça serait une très bonne idée », nous glisse-t-il. Même l’Académie française n’a pas trouvé plus belle manière de devenir immortel.

>> Peaky Blinders : l’Immortel (1h51) de Tom Harper, avec Cillian Murphy, Rebecca Ferguson, Tim Roth, Sophie Rundle, Barry Keoghan et Stephen Graham – disponible sur Netflix

Delphine DE FREITAS

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