mardi, mars 31

Les amateurs de sports américains en ont l’habitude. Les rencontres de NFL, de NBA ou encore de NHL sont ponctuées de nombreuses pauses qui permettent aux diffuseurs de lancer des publicités à chaque interruption. Une pratique courante qui va aussi devenir la norme lors du prochain Mondial de football du 11 juin au 19 juillet.

En décembre dernier, la Fifa a en effet déclaré que « des pauses d’hydratation de trois minutes seront organisées lors des deux mi-temps de chaque match ». « Cette mesure répond à la volonté de la FIFA de mettre l’accent sur le bien-être des joueurs tout au long de la compétition qui aura lieu en juin et juillet prochains au Canada, aux États-Unis et au Mexique », s’est justifié la fédération internationale.

« Dans une version simplifiée et rationalisée des pauses mises en place lors de compétitions précédentes, notamment la Coupe du monde des clubs de la FIFA 2025, l’arbitre interrompra le jeu 22 minutes après le début de chaque période pour permettre aux joueurs de s’hydrater », précise la FIFA.

Didier Deschamps pas fan

L’an dernier, des pauses avaient ainsi été instaurées lors de la Coupe du monde des clubs en cas de forte chaleur. Mais en 2026, « dans un souci d’équité, ces pauses ne dépendront ni de la température ni des conditions météorologiques ».

Les Bleus ont découvert ce nouveau format jeudi lors de leur match contre le Brésil à Boston. Et le sélectionneur français Didier Deschamps ne semble pas être tombé sous le charme. « La pause fraîcheur change-t-elle un match ? Oui. En trois minutes, si vous êtes dans un temps fort, ça coupe tout. Ça peut aider quand vous êtes moins bien, mais ça peut aussi faire l’inverse. On s’adapte. Les diffuseurs sont contents, parce que ça fait plus de publicité. On joue presque en quatre quart-temps », a déploré le sélectionneur tricolore lors de la conférence de presse qui a suivi la victoire des Bleus (2-1).

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Plus de profits pour la Fifa ?

Selon le média SB Nation, cette décision n’est en réalité nullement sportive, mais concerne surtout « les publicités pour les spectateurs ». « Désormais, chaque match disposera d’un emplacement pratique permettant aux diffuseurs d’insérer des publicités pendant le déroulement du jeu, au lieu de recourir au format image dans l’image ou à la superposition de publicités pendant le match lui-même », décrit ainsi ce site sportif américain.

Mais comme le souligne The Athletic, cette autorisation de diffuser des publicités sera toutefois soumise à des « garde-fous ». « Les diffuseurs ont été informés que la pause publicitaire ne doit pas commencer dans les 20 secondes suivant le coup de sifflet de l’arbitre interrompant le jeu, et qu’ils doivent revenir au flux du match plus de 30 secondes avant la reprise du jeu », explique le site d’actualité sportive du New York Times. Les diffuseurs peuvent aussi choisir de ne pas diffuser de publicités et peuvent revenir en studio ou continuer à montrer la pause fraîcheur sur le terrain.

The Guardian estime cependant que même si les diffuseurs étudient les différentes options, « les téléspectateurs peuvent probablement s’attendre à voir beaucoup de publicités pour Aramco, Coca-Cola, Adidas, Visa, Hyundai, Kia et Qatar Airways cet été ». Pour le journal britannique, ces pauses vont offrir « à la Fifa 208 emplacements publicitaires supplémentaires garantis, de quoi engranger encore plus de revenus ».

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La fin du football à deux mi-temps ?

L’annonce de cette mesure n’a pas manqué de susciter des critiques. Sur les réseaux sociaux, de nombreux amateurs de football se sont désolés de cette « américanisation de leur sport » et d’un match désormais divisé en quatre quarts-temps.

« La Coupe du monde du capitalisme débridé, telle que la FIFA, ou Infantino, l’avaient imaginée. De la tarification dynamique des billets au découpage du match en quatre quarts-temps pour multiplier les pauses publicitaires, il s’agit d’exploiter l’acceptation de telles pratiques aux États-Unis pour tenter de s’en tirer à bon compte », s’emporte ainsi le journaliste James Nalton.

« Lors de la Coupe du monde de 1994 aux États-Unis, les organisateurs souhaitaient que le match soit divisé en quatre quarts-temps pour insérer des pauses publicitaires. La Fifa a refusé. Eh bien, il aura fallu 32 ans, mais les hôtes ont enfin trouvé le moyen d’obtenir ce qu’ils voulaient. Sinistre », note aussi son confrère Daniel Brigham.

Le magazine Fortune rappelle pour sa part que le sport américain est depuis longtemps structuré autour de ces interruptions de jeu qui servent d’espace publicitaire : « En 2010, le Wall Street Journal a publié un calcul tristement célèbre : un match de NFL comprend en moyenne 20 coupures publicitaires et plus de 100 publicités, soit près d’une heure de temps d’antenne (un tiers de la diffusion) consacrée à la publicité.

Est-ce que ce nouveau découpage va devenir une habitude ? Seul l’avenir le dira, mais le changement est déjà lancé. Le Mondial débutera le 11 juin à Mexico par le match opposant le Mexique à l’Afrique du Sud.

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