Arrêtée le 30 décembre à Kampala, capitale de l’Ouganda, à l’approche du scrutin présidentiel et législatif, Sarah Bireete comparaissait mercredi 21 janvier devant le tribunal de Buganda Road. Elle est poursuivie pour « divulgation présumée de données d’électeurs sans autorisation de la Commission électorale » — une accusation qu’elle conteste. Ses soutiens dénoncent son maintien en détention.
Au tribunal, la défense et le parquet se sont opposés point par point. L’accusation rejette notamment les motifs médicaux avancés par la défense : Sarah Bireete dit souffrir d’une hypertension, mais, selon le parquet, « rien ne prouve que l’administration pénitentiaire ne puisse pas la soigner ». Le parquet évoque aussi « un risque de pression sur des témoins et conteste la capacité financière des personnes qui se portent garantes ».
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La diffusion présumée d’informations d’électeurs
Au-delà de ce bras de fer, c’est l’accusation elle-même que remet en cause la journaliste et militante Agather Atuhaire : au cœur du dossier, la diffusion présumée d’informations d’électeurs — sans feu vert de la Commission électorale.
« Franchement, en quoi est-ce un crime ? Elle a pris ces informations sur le site de la Commission électorale et les a partagées avec le public. Elles sont censées être disponibles, sur ce site, indique-t-elle. S’il y a une raison pour laquelle ils ne voulaient pas que Sarah Bireete soit libre, c’est que cette raison n’est pas finie — et beaucoup pensaient que c’était lié aux élections. Moi, j’espérais qu’ils la libéreraient aujourd’hui. Mais comme la répression après le scrutin est, selon moi, encore pire qu’avant, je pense qu’ils veulent continuer à tenir à l’écart toutes celles et ceux qui critiquent ce qui se passe en ce moment. »
Les « arrestations se multiplient »
Agather Atuhaire décrit ce « qui se passe en ce moment » comme un durcissement depuis le scrutin : selon elle, « les arrestations se multiplient, notamment parmi les sympathisants de l’opposition, et des violences ont été signalées dans plusieurs quartiers ». Sur la procédure, la militante rappelle que Sarah Bireete aurait d’abord été retenue plusieurs jours sans inculpation, avant d’être finalement poursuivie, et que le tribunal avait déjà laissé plusieurs semaines au parquet pour répondre à la demande de liberté sous caution.
Enfin, Agather Atuhaire met le cas de Sarah Bireete en parallèle avec celui de l’opposant Kizza Besigye, et avec des sympathisants du parti de l’opposant Bobi Wine, le NUP — dont certains, dit-elle, « sont détenus depuis des années sans procès ».
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