Le détroit d’Ormuz, le Golfe et le Golfe d’Oman ont été classés jeudi « zone d’opérations de guerre » par le secteur maritime, accordant des droits renforcés à des milliers de marins bloqués dans la zone, dont celui de demander un rapatriement aux frais de l’armateur, mais les solutions pour le faire paraissent limitées.
Cette désignation répond à « l’ampleur des perturbations et des risques auxquels sont confrontés les équipages civils dans la région », ont expliqué dans un communiqué commun la fédération syndicale du secteur (ITF) et les armateurs mondiaux.
Au total, « 3.000 navires » se trouvent dans la zone, affirme dans un entretien à l’AFP Arsenio Dominguez, secrétaire général de l’Organisation maritime internationale (OMI), dont « environ 200 » au mouillage en attendant de passer le détroit, et « 1.200 qui opèrent exclusivement dans la région ».
Quelque 20.000 marins –mais aussi 15.000 passagers de croisières– sont actuellement immobilisés dans le Golfe, ajoute le patron de cette agence de l’ONU chargée de la sécurité maritime.
La paralysie dans cette zone fait suite au contrôle « total » revendiqué par les Gardiens de la Révolution iraniens du détroit d’Ormuz, corridor maritime stratégique pour le transport d’hydrocarbures qui relie le Golfe au Golfe d’Oman.
La région avait déjà été désignée « zone à haut risque » lundi par le secteur maritime, deux jours après les frappes des Etats-Unis et d’Israel sur l’Iran puis l’extension régionale du conflit.
– « Une question humanitaire » –
Le passage en « zone d’opérations de guerre », un niveau supérieur, offre aux marins le plus haut niveau de sécurité possible selon les normes maritimes.
Avec cette requalification, ils ont aussi « le droit d’être rapatrié » et celui « de ne pas naviguer » dans cette région, explique à l’AFP Stephen Cotton, secrétaire général de l’ITF.
Mais en pratique la situation pourrait mettre du temps à se débloquer, relève-t-il. « Ce n’est pas comme si vous pouviez appuyer sur un bouton et quitter immédiatement un navire. Les marins dépendent de l’aviation civile et des avions. Et pour l’instant, eux non plus ne circulent pas. »
Par ailleurs, « si vous avez un équipage de 25 personnes, vous aurez probablement besoin de 16 personnes pour faire naviguer le navire en toute sécurité, ce qui est le minimum requis », affirme-t-il.
L’OMI affirme avoir dénombré depuis samedi sept incidents liés à des navires dans le détroit d’Ormuz, avec un total de deux morts et six blessés.
« Au-delà de l’impact économique de ces attaques alarmantes, c’est une question humanitaire. Aucune attaque visant des marins innocents n’est jamais justifiée », explique Arsenio Dominguez.
– « Risque de pollution » –
Il appelle « les compagnies maritimes à faire preuve de la plus grande prudence lorsqu’elles opèrent dans la région ».
Dans ce contexte de tension extrême, les grands armateurs mondiaux ont d’ores et déjà stoppé leurs navires à destination du Golfe et déroutent leurs cargaisons.
Le trafic dans le détroit d’Ormuz – où transite environ un cinquième de la production mondiale de pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) – avait chuté de 90% mercredi selon les données de Kpler.
Donald Trump avait déclaré mardi que la marine américaine pourrait escorter des pétroliers « si nécessaire » à travers le détroit.
« Cela pourrait apporter un certain soulagement », déclare M. Dominguez, « mais il faut des garanties sur la protection ».
L’OMI « est prête à engager toute discussion sur la manière dont le transport maritime peut être sécurisé et reprendre ses activités normales », insiste-t-il.
Outre la sécurité alimentaire des pays du Golfe et la sécurité énergétique mondiale, « le risque de pollution environnementale est élevé », souligne-t-il, car il serait « très difficile de déployer une aide pour contenir ou traiter une marée noire », en cas de fuite de pétrole causée par une attaque.
Selon l’agence de sécurité maritime britannique UKTMO, un pétrolier ancré au large du Koweït a subi jeudi une « forte explosion »: du pétrole s’est échappé du bateau mais l’équipage est sain et sauf.
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