mardi, février 10

  • Le président français a donné une longue interview à plusieurs médias européens ce mardi.
  • Il estime qu’aujourd’hui, « l’Europe est face à un défi immense », notamment face à la Chine et aux États-Unis.
  • Une prise de parole qui intervient à deux jours d’une rencontre des chefs d’État et de gouvernement de l’UE à Bruxelles.

Accélérer et renforcer l’Europe. Le message d’Emmanuel Macron est clair. Dans une interview donnée à plusieurs médias du Vieux Continent – dont Le Monde (nouvelle fenêtre) – publiée mardi 10 février, le président français lance un appel à ses voisins européens : « Ce doit être le moment du réveil ». Interrogé sur de nombreux sujets, le chef de l’État rappelle que « depuis neuf ans », il « plaide pour une Europe plus souveraine ». « Je pense que la mue conceptuelle s’est faite, et qu’on a pris beaucoup de dispositions impensables il y a quelques années », lance-t-il, citant l’Europe de la Défense (nouvelle fenêtre) « avec des financements communs, des projets communs ». 

« On a gagné ce combat idéologique. Mais on n’est pas au bon rythme et on n’est pas à la bonne échelle », prévient toutefois Emmanuel Macron. En cause ? Les multiples crises qui traversent le monde. « Le dérèglement climatique (nouvelle fenêtre) va plus vite. Les États-Unis qui nous assuraient, pensait-on, la sécurité pour toujours font planer le doute. La Russie qui devait fournir l’énergie à bas coût pour toujours, c’est terminé depuis trois ans (nouvelle fenêtre). Et la Chine qui était un marché d’export pour beaucoup est devenue un concurrent de plus en plus féroce », pointe le chef de l’État. 

Aujourd’hui, nous les Européens, on est tout seuls. Mais on est nous. C’est énorme, 450 millions d’habitants

Emmanuel Macron

Selon Emmanuel Macron, l’Europe fait face à une double crise, « le tsunami chinois sur le plan commercial (nouvelle fenêtre) et l’instabilité à la microseconde du côté américain ». Face à cette situation, le président estime que « ce doit être le moment du réveil » et « le moment de la sortie de l’état de minorité ». 

Le chef de l’État voit d’ailleurs des motifs d’espérer pour l’UE. « Aujourd’hui, nous les Européens, on est tout seuls. Mais on est nous. C’est énorme, 450 millions d’habitants. Pour moi, c’est l’accomplissement ultime de l’aventure européenne des 70 dernières années ». Pour avancer, Emmanuel Macron préconise « la simplification » notamment via la création d’un code européen du droit des affaires, et la « diversification » avec la conclusion de nouveaux partenariats commerciaux. Une stratégie qui doit offrir, selon le chef de l’État, « un relais de croissance » et permettre de « réduire nos dépendances ». 

Le président milite également pour « protéger notre industrie ». Déjà, en n’imposant pas aux producteurs européens « des règles qu’on n’impose pas aux importateurs non européens ». Ensuite, en ciblant les secteurs à protéger. « On ne fera pas de la préférence nationale sur les portables, on n’en produit plus en Europe », lance le dirigeant français, estimant qu’il faut « se concentrer sur certains secteurs stratégiques, comme les cleantechs, la chimie, l’acier, l’automobile ou la défense, sinon les Européens seront balayés ». 

Au sortir de la crise, il y a une forme de lâche soulagement

Emmanuel Macron

Un volet économique crucial pour Emmanuel Macron qui estime « qu’aujourd’hui, on a trois batailles à mener, dans la sécurité et la défense, dans les technologies de transition écologique, et dans l’intelligence artificielle et le quantique », appelant à investir dans ces domaines face aux États-Unis et à la Chine. « Si l’UE ne fait rien, dans les trois à cinq ans, elle sera balayée de ces secteurs ». Le coût ? Environ « 1.200 milliards d’euros par an » d’investissement. Comment ? En « remobilisant notre épargne », selon Emmanuel Macron. 

« En Europe, on a le plus grand stock d’épargne au monde, 30.000 milliards d’euros. Mais elle finance notre dette et, pour le reste, part à l’étranger. Chaque année, 300 milliards d’euros financent les entreprises américaines », assure ainsi le président français qui appelle à de « grands programmes européens, pour financer les meilleurs projets ».

Interrogé sur les crises internationales, notamment l’attitude des Européens face aux États-Unis et la question du Groenland, Emmanuel Macron a avoué « qu’au sortir de la crise, il y a une forme de lâche soulagement. Comme à l’été 2025, après la signature de l’accord entre l’UE et les États-Unis sur les droits de douane. Il y a les menaces et les intimidations. Et puis d’un seul coup, Washington recule. Et on pense que c’est fini ». 

Toutefois, le président prévient : « N’y croyez pas une seule seconde. Chaque jour, les menaces sur la pharmacie, le numérique… » D’où l’appel du chef de l’État à « ne pas courber l’échine ou essayer de trouver un arrangement. On a essayé cette stratégie pendant des mois, elle n’est pas payante. Mais surtout, elle conduit stratégiquement l’Europe à accroître sa dépendance ».

A.B.

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