- À Baugy, dans le Cher, chaque déplacement dépend de la voiture, et la facture peut devenir trop élevée quand il s’agit de la réparer.
- Mais un garage solidaire propose aux personnes à faibles revenus réparations et location à moindre coût.
- Une équipe de « Sept à Huit » a observé son fonctionnement.
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Sept à huit
Une oasis mécanique dans un désert rural. C’est ce qu’est le garage GAS18 dans le département du Cher. Ici, on répare les voitures à des prix imbattables. Julie Portier, qui élève seule ses cinq enfants, en est une cliente régulière. Conductrice de bus, payée 2.100€ euros brut par mois, elle n’a pas les moyens de se payer un garagiste classique pour sa voiture. Alors elle se rend dans ce garage très spécial, réservé aux personnes en grande difficulté financière. Changer sa distribution coûte habituellement 600 euros, ici, elle en aura pour 40% moins cher.
Dans un garage traditionnel, « on prend, on fait la facture, on se fait payer
, souligne Georgette, la gérante, dans la vidéo en tête de cet article, replay d’un reportage de « Sept à Huit Life » diffusé ce week-end sur TF1 (à retrouver également sur TF1+). Nous, on a un autre rôle, c’est s’intéresser aux gens. Des fois, ça empêche de dormir, mais tant pis. »
Ses clients doivent remplir certaines conditions : avoir des petits revenus et être suivis par une assistante sociale.
C’est satisfaisant de savoir qu’on a pu lui faire économiser une centaine d’euros sur certaines pièces »
C’est satisfaisant de savoir qu’on a pu lui faire économiser une centaine d’euros sur certaines pièces »
Alexandre, chef d’atelier
À peine Julie partie qu’une voiture plus vieille encore arrive. Celle de Madame Voisin, 482.000 kilomètres au compteur.
« Je suis retraitée avec 1.000 euros environ, pour faire des économies, ce n’est pas évident »
, soupire-t-elle en confiant devoir choisir entre faire le plein ou manger.
Le chef d’atelier, Alexandre, va donc devoir faire aussi bien qu’ailleurs tout en divisant la facture par deux. Mais comment cela fonctionne-t-il ? Le garage bénéficie d’abord d’importantes aides de l’État. Il vit de subventions à 80%. Cela permet de facturer l’heure de main d’œuvre au client à 30 euros, quand la moyenne tourne autour de 80. De plus, Alexandre n’utilise des pièces neuves qu’en cas de nécessité absolue. Le reste du temps, il chine des pièces d’occasion sur Internet. « On travaille avec une casse du coin et ils sont très actifs pour nous répondre, donc ça vaut le coup
, s’enthousiasme-t-il, ça vaut le coup pour le client. Lui, il est content, il a un devis qui est beaucoup moins cher, et c’est satisfaisant de savoir qu’on a pu lui faire économiser une centaine d’euros sur certaines pièces »
.
Location de véhicules à bas coût
Tributaire de l’État, la situation financière du garage est instable. L’an dernier, par exemple, il a perdu d’un coup une subvention de 100.000 euros sur ses 1,9 million d’euros de budget. Le garage ne peut pas se permettre de verser des hauts salaires à ses employés. Alexandre touche 1.800 euros net par mois, 600 euros de moins que dans un garage classique, et ses collègues sont tous en contrat d’insertion à 973 euros par mois.
« C’est sûr qu’on ne le fait pas pour l’argent, on le fait plus pour le prochain. On essaye d’aider au maximum et d’apprendre »
, indique Alexandre. « On se rend compte que n’importe quelle classe sociale peut tomber très bas, parce qu’on a des gens qui ont eu des grosses entreprises qui ont tout perdu, et qui sont venus là pour essayer de remonter un peu la pente »
, ajoute-t-il avec émotion.
Parfois, la voiture n’est pas réparable, le garage peut alors proposer des voitures à la vente ou en location à bas coût. Pour se constituer sa flotte de véhicules, il n’a d’autre choix que de compter sur la solidarité. Les dons sont déductibles des impôts à hauteur de 66%.
Jordi Bénard a été orienté par son assistante sociale vers le garage solidaire. Quarante euros de location pour la semaine, plus quinze euros d’adhésion annuelle. Payé 900 euros en contrat aidé aux espaces verts d’une petite commune, le jeune homme a eu du mal à rassembler la somme. Cindy, responsable des locations, lui explique les règles, très strictes, qui encadrent la location de véhicule. « Vous êtes responsable du véhicule. On ne fume pas dans la voiture, on ne mange pas dans la voiture, on ne transporte pas de matériel agricole »
. En cas de non respect, « on pourrait être amené à arrêter la location »
, avertit Cindy.
Pour ne pas faire de concurrence déloyale aux loueurs de voitures, ce type de location sociale n’est pas destinée aux loisirs, mais uniquement à faire le trajet entre le domicile et le travail. Perdu dans sa campagne berrichonne, le garage peut se vanter d’avoir aidé 3.500 personnes, depuis 2007, à tracer leur route.








