dimanche, juin 21

  • Après l’émotion suscitée par la mort de Lyhanna, des victimes alertent sur les procédures interminables face à des faits de violences sexuelles.
  • Dans l’Hérault, plusieurs jeunes filles ont ainsi porté plainte contre le père d’une famille d’accueil où elles étaient placées.
  • La première l’a fait… il y a 12 ans, et le mis en cause n’a jamais été jugé.

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Le 20H

Sarah attend depuis douze ans que son agresseur soit jugé. Elle avait 7 ans quand elle a été placée dans une famille d’accueil. « On était en stress un petit peu toute la nuit, en mode, qui c’est qui va nous embêter ce soir », raconte-t-elle dans le reportage ci-dessus. L’homme qu’elle accuse était le père de la famille d’accueil dans laquelle elle a été placée. « Il nous réveillait en pleine nuit pour qu’il y ait des attouchements, que je puisse regarder des films porno, en m’expliquant qu’il voulait que je reproduise les scènes. Il fallait qu’on s’habille avec nos sous-vêtements, qu’on défile, qu’on… Voilà », détaille-t-elle. 

Ces faits d’agression se sont répétés pendant des années. Et Sarah est loin d’être la seule victime. Elles sont six mineures à l’époque, à accuser le prédateur présumé. Une première plainte est déposée en 2014. Mais à ce jour, le mis en cause n’a jamais été jugé. « On est dans l’incompréhension. Comment ça se fait qu’il est toujours dehors depuis tant d’années ? Est-ce qu’il est protégé ? », s’interroge la jeune femme. 

On a beau essayer de taper à toutes les portes, y compris avec l’avocat, ça ne répond pas et on ne sait pas pourquoi.

Roland, le père d’une victime présumée

Laïla est venue avec son père pour se donner du courage. Elle aussi a été abusée par le même agresseur. « Je suis restée de mes neuf mois à mes treize ans », indique-t-elle. Elle a été auditionnée à deux reprises, et puis plus rien. Plus de nouvelles de la justice. « Ils avaient un bon dossier pour pouvoir arrêter cette personne. Il y avait des photos de toutes les victimes. Il y avait l’ordinateur qui comprenait des preuves aussi. Il aurait pu être clôturé en 4-5 ans. Mais ce n’est pas le cas », déplore-t-elle. Son père, Roland, enchaîne : « On a beau essayer de taper à toutes les portes, y compris avec l’avocat, ça ne répond pas et on ne sait pas pourquoi. Je continue, j’attendrai jusqu’au bout que l’on puisse enfin fermer ce livre qui est ouvert depuis des années et qu’on n’arrive pas à refermer », souligne-t-il. 

TF1

Le mis en cause a été entendu très tôt dans cette affaire, mais l’enquête prend du temps : six ans pour identifier les victimes, organiser des confrontations. En 2022, l’instruction prend fin, mais il faut attendre encore un an pour que le parquet rende son réquisitoire. Comment expliquer cette lenteur judiciaire ? « Il y a un trop grand nombre de dossiers, pas assez de places lors des audiencements des sessions de cour d’assises. C’est plusieurs facteurs qui font que, depuis 2023, nous attendons que ce dossier veuille bien faire l’objet d’une convocation par la cour d’assises de l’Hérault », explique Me Hugo Ferri, avocat pénaliste au barreau de Nîmes. 

Dans la presse locale, le procureur de Montpellier, Jean-Marie Beney, s’est exprimé sur cette affaire. « Nous avons 104 dossiers en attente. Dans ce stock, on a une trentaine d’accusés sous contrôle judiciaire pour des violences sexuelles sur mineurs, dont 12 qui attendent depuis plus de deux ans. On juge d’abord les accusés détenus, et Dieu sait qu’il y en a », a-t-il précisé. Contactée, l’avocate de l’accusé n’a pas répondu aux sollicitations des journalistes de TF1.

Virginie FAUROUX | Reportage : Théo THOMAS et Manon MONTEIL

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