« C’est quand déjà? » À l’évocation des élections municipales, la jeune Myriam admet sans détour qu’elle n’y connaît « vraiment rien ». « Je ne sais pas trop comment ça marche, ni qui se présente », admet en riant l’étudiante de 18 ans à Beauvais (Oise), un peu gênée, avant de demander quand le scrutin local doit avoir lieu. À quelques jours du premier tour des municipales prévu dimanche 15 mars, le rendez-vous démocratique passe encore largement sous le radar pour une partie des nouveaux électeurs.
Mobiliser les jeunes majeurs reste un véritable défi pour les candidats, comme en témoigne le niveau d’abstention observé pour ce scrutin ces dernières années. Aux dernières municipales de 2020, organisées en pleine crise Covid, 72% des 18-34 ans ne s’étaient pas déplacés pour voter, contre 58% lors du scrutin de 2014.
« Il faut encore que je me renseigne »
Cette année, un sondage OpinionWay pour 20 Minutes se montre plus encourageant, puisqu’il révèle que 63% des jeunes de 18-30 ans envisagent d’aller voter aux prochaines municipales. Dans le détail, 90% d’entre eux jugent la politique locale indispensable… bien que 58% ne savent pas vraiment ce que décide une mairie.
Étudiante en BUT gestion et administration des entreprises à Amiens (Somme), Emma a l’âge de voter depuis six mois, mais l’idée ne l’emballe pas plus que cela. « Je pense y aller, j’ai reçu ma carte d’électeur la semaine dernière, mais je ne suis pas plus investie que ça dans la politique », explique-t-elle.
« Je ne connais ni le maire actuel ni les candidats… il faut que je réfléchisse. Après je ne connais pas encore bien la ville, je viens d’y arriver pour mes études », confie la jeune femme, qui reconnaît qu' »il faut encore qu’elle se renseigne » comme elle a l’habitude de le faire dans ces cas-là: en faisant des recherches sur des comptes certifiés sur le réseau social Tiktok, où elle trouve ses informations.
D’autres, dans le chef-lieu de la Somme, sont un peu plus motivés à se rendre aux urnes ces deux prochains dimanches, mais sans afficher un grand enthousiasme non plus. « J’ai mon professeur de droit constit’ – Benoît Mercuzot, liste sans étiquette – qui se présente, donc ça me pousse à m’y intéresser », déclare Wissem, étudiante de tout juste 18 ans en première année de droit.
Le week-end dernier, la jeune femme s’est penchée sur les programmes des différentes listes, mais « il y en a beaucoup ici, c’est un peu dur de s’y retrouver ». En effet, dans la commune, le maire sortant Hubert de Jenlis brigue un nouveau mandat face à plusieurs listes de gauche, de droite mais aussi d’extrême droite en même temps.
« Je ne sais pas trop qui est qui mais ce qui compte pour moi, c’est que les équipes bientôt élues fassent des choses pour l’écologie et les espaces verts », résume la jeune femme.
« C’est bien les municipales parce que c’est concret »
Pendant ce temps, certains jeunes d’à peine 18 ans voient les municipales comme une vraie occasion de s’impliquer. Gabrielle, par exemple, compte bien se rendre aux urnes de Criquiers, son village de 700 habitants en Seine-Maritime, dimanche. « Ça y est, je suis inscrite et j’ai ma carte », se réjouit cette lycéenne encore en classe de Terminale.
« C’est bien les municipales parce que c’est concret, on connaît les gens qui se présentent », développe la jeune Normande, qui envisage de donner sa voix au maire sortant qui brigue un nouveau mandat. « On en parle régulièrement avec mes copines et ma famille donc je vais y aller avec mes copines ce jour-là. C’est hyper important, il faut le faire, on a des droits donc il faut les utiliser ».
Le choix est parfois plus cornélien lorsque les listes proposent des mesures proches les unes des autres. Elias, monteur en spa, bains et sauna à Albertville (Savoie), vient de fêter ses 18 ans. « Je suis déterminé à aller voter, mais j’hésite encore entre deux candidats », avance le jeune homme, qui connaît et apprécie le maire sortant mais admet être séduit par les propositions d’une autre liste adverse. « Ils mettent l’accent sur des choses qui me paraissent prioritaires pour la ville, comme son attractivité »
« J’attend ça depuis un moment, je sais ce qui m’attend », confie ce très jeune actif, qui a regardé les programmes de près, et ce depuis plusieurs semaines. Albertville est, selon lui, confrontée à un problème majeur: « c’est une ville de passage et elle pourrait être valorisée d’autres façons, elle a d’autres atouts qui méritent davantage d’attention et ça, ça pourrait me faire changer d’avis ».
À tout juste 18 ans, Léa aurait elle aussi pu être tentée de voter pour le changement dans son petit village de 500 habitants, à Saint-Vaast-en-Chaussée (Somme). Mais la situation locale tempère cette idée: « Je connais très bien le maire, il est très bien et ça fait longtemps qu’il est en fonction », explique-t-elle d’abord, prêchant pour davantage d’infrastructures et d’aires de jeux pour les jeunes enfants. Mais pour lui succéder, ajoute la jeune femme, « il n’y a qu’une seule liste qui se présente, donc on n’aura pas vraiment le choix. Dommage, j’aurais bien aimé vraiment pouvoir jouer le jeu… »
« C’est là que je vais avoir un rôle à jouer »
Samia, elle-aussi, est pressée d’enfin pouvoir se rendre dans son bureau de vote de Bobigny (Seine-Saint-Denis) ces deux prochains dimanches. À peine majeure, cette étudiante en première année d’études de santé (Pass) à Paris suit déjà de près l’actualité politique, un intérêt qu’elle partage avec une grande partie de son groupe d’amis. « On est tous branchés politique, ça nous touche directement car on subit de la discrimination au quotidien, donc on veut participer au changement, au vivre ensemble dans un pays plus uni. C’est un truc qui nous tient à coeur », affirme-t-elle.
« J’ai hâte dans le sens où je sens que c’est là que je vais avoir un rôle à jouer si je veux du changement, depuis le collège j’y pense parce que je suis une personne très intéressée par ces sujets-là », explique la jeune femme, très engagée contre les discriminations racistes ou liées au genre. « Je suis très contente que ce moment soit enfin arrivé parce que j’aurais la sensation de participer au changement ».
Commencer à voter pour les élections municipales est « un bon début » pour l’étudiante francilienne, « dans le sens où on va voir directement le changement dans la ville, c’est à notre échelle ». « Une mise en jambes avant la présidentielle l’année prochaine », plaisante-t-elle.
« Je trouve ça normal de prendre ça au sérieux, en vrai », confie encore Samia. « À notre âge, on devrait tous se sentir concernés par la situation politique de notre pays mais aussi de notre ville, regarder ce qui se passe autour de nous. Pour moi, c’est aussi une manière de prendre ses responsabilités ».
Article original publié sur BFMTV.com




