mardi, mars 31

Avec Nuestra Tierra [“Notre Terre”], c’est la première fois que [la réalisatrice et productrice argentine] Lucrecia Martel explore le genre documentaire. Pourtant, certaines thématiques de fond viennent recouper et même prolonger celles qui traversaient son dernier long-métrage de fiction, Zama [sorti en France en 2018]. Celle, en particulier, du racisme.

Le documentaire [sorti au début du mois de mars en Argentine] s’intéresse à l’assassinat de Javier Chocobar, dans la province de Tucumán. L’homme était un chef chuschagasta, une communauté amérindienne appartenant au peuple diaguita, qui vit dans cette province du nord de l’Argentine. Ironie du sort, son assassinat a eu lieu à la date emblématique du 12 octobre 2009, et le procès n’a touché à son terme qu’une décennie plus tard [le 12 octobre est la date de l’arrivée de Christophe Colomb sur le continent et du début de sa colonisation espagnole, au cours de laquelle beaucoup d’hommes sont morts en tentant de défendre leurs terres ancestrales ; il est désormais célébré en Argentine comme “journée du respect de la diversité culturelle”, au cours de laquelle un hommage est rendu aux traditions des peuples natifs].

Parmi les accusés se trouvait Darío Luis Amin, porteur d’un projet d’exploitation minière sur les terres occupées par la communauté, et dont celle-ci revendiquait depuis des années la propriété légale. À ses côtés, deux anciens policiers qui l’accompagnaient au cours de cette journée fatale, Luis Humberto Gómez et José Valdivieso.

“Dieu est-il témoin de tout cela ?”

Rompant avec le cinéma habituel de Lucrecia Martel, le documentaire s’ouvre sur des images satellite de la Terre vue de l’espace. La séquence se poursuit avec des vues de drones et de caméras qui plongent dans l’environnement rural où vit la communauté chuschagasta, et s’achève sur un match de football féminin. D’une certaine manière, il part du général pour s’approcher du particulier, du céleste au plus terre à terre.

Et il ne s’agit pas de la seule dichotomie établie par la réalisatrice, qui alterne entre le registre du procès, celui des témoignages de proches du militant Chocobar, et enfin un enregistrement vidéo qui a fait office de pièce à conviction : la confrontation entre Amin et les siens, d’une part, et Chocobar et sa communauté, d’autre part, qui a conduit à la mort du chef. Nuestra Tierra, avec un t majuscule, est un documentaire qui traite aussi bien des problématiques de la justice que du manque d’intérêt pour les communautés amérindiennes.

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