- Donald Trump a affirmé lundi que la guerre en Iran « va bientôt se terminer ».
- Mais, dans la foulée, il a averti Téhéran « d’une action encore plus agressive s’il tente de couper l’approvisionnement énergétique mondial ».
- Ces contradictions illustrent parfaitement les incessants revirements rhétoriques du président américain depuis le début du conflit.
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L’Iran attaqué par les États-Unis et Israël, le Moyen-Orient s’embrase
La Maison Blanche souffle le chaud et le froid. Depuis le début des hostilités contre l’Iran, les États-Unis ne semblent pas vraiment savoir sur quel pied danser. Ainsi, à trop vouloir se justifier, l’administration de Donald Trump enchaîne les déclarations floues, incendiaires et souvent contradictoires. En l’espace de dix jours, depuis le début du conflit, la rhétorique a grandement évolué, entre ambiguïtés et rétropédalages.
Ces déclarations contradictoires sont le « reflet d’une administration qui peine encore à définir à la fois les objectifs et la durée de la guerre »
, analyse le magazine TIME
. « Trump et ses principaux conseillers ont fait preuve d’une grande incohérence dans leur communication »
depuis le début de la guerre, confirme The Atlantic.
Ils se sont montrés « tout aussi confus dans la formulation de leurs objectifs dans ce conflit »
, détaille le média. De son côté, Sean Aday, professeur de relations publiques à l’université George Washington, confie à Sud Ouest
n’avoir « jamais vu de communication plus mauvaise d’un gouvernement américain en temps de guerre »
, fustigeant une « combinaison d’incohérence, d’immoralité, d’arrogance, d’amateurisme »
. Le consultant militaire Michel Goya, qui intervient régulièrement sur LCI, va encore plus loin et raille : « J’entends dire que les Américains n’ont pas de plan B face à la République islamique. Ce n’est pas vrai car ils n’avaient pas non plus de plan A. »
Retour sur ces multiples revirements dans la communication de l’exécutif américain.
28 février
Alors qu’il assurait la veille ne pas avoir pris de « décision finale »
concernant de possibles frappes en Iran, Donald Trump donne son feu vert au déclenchement d’une opération militaire d’envergure sur Téhéran, le 28 février 2026. Les États-Unis entrent en guerre, aux côtés de leur allié israélien.
« Notre objectif est de défendre le peuple américain en éliminant les menaces imminentes provenant du régime iranien, un groupe vicieux composé de personnes très dures et terribles »
, déclare le président américain. Il évoque des « activités menaçantes mettant directement en danger les États-Unis, nos troupes, nos bases à l’étranger et nos alliés à travers le monde ».
Le dirigeant insiste sur la destruction des « missiles, de l’industrie balistique »
, sur la volonté d’« anéantir la marine »
et de « veiller à ce que les mandataires terroristes de la région ne puissent plus déstabiliser la région ou le monde et attaquer nos forces »
. « Nous veillerons à ce que l’Iran ne se dote pas de l’arme nucléaire »
, martèle-t-il encore.
1ᵉʳ mars
Le lendemain de ces déclarations, le milliardaire républicain poursuit son argumentaire sur la défense légitime et la menace imminente. « Un régime iranien doté de missiles à longue portée et d’armes nucléaires constituerait une menace grave pour tous les Américains. Nous ne pouvons pas permettre à une nation qui forme des armées terroristes de posséder de telles armes, qui lui permettraient de faire chanter le monde entier pour imposer sa volonté maléfique »
, met-il en avant.
Dans le même temps, la Maison Blanche affirme dans un communiqué que « le président Trump lance l’opération Epic Fury pour écraser le régime iranien et mettre fin à la menace nucléaire »
.
2 mars
La thèse d’une volonté de faire tomber le régime des mollahs en Iran prend de l’épaisseur. Le secrétaire d’État Marco Rubio reconnaît que « nous aimerions que ce régime soit renversé »
. « Il ne s’agit pas d’une guerre de changement de régime, mais le régime a bel et bien changé »
, contredit de son côté Pete Hegseth, le ministre de la Défense.
En parallèle, Marco Rubio suscite la confusion sur les véritables motivations derrière l’engagement américain dans le conflit, laissant sous-entendre que Washington s’est fait forcer la main par Israël. « Nous savions qu’Israël allait passer à l’action. Nous savions que cela précipiterait une attaque contre les forces américaines, et nous savions que si nous ne les attaquions pas de manière préventive, avant qu’ils ne lancent ces attaques, nous subirions des pertes plus importantes »
, déclare-t-il. Envolée donc l’existence d’une potentielle menace existentielle.
3 mars
« J’ai peut-être forcé la main d’Israël
(et non l’inverse, ndlr), mais Israël était prêt et nous étions prêts »
, martèle Donald Trump au lendemain des déclarations de son chef de la diplomatie. « Si nous n’avions pas frappé, ils (les Iraniens) auraient attaqué en premier. J’en étais convaincu. Cela devait être fait »
, poursuit-il.
Le même jour, un communiqué de la présidence affirme que les « soldats américains portent des coups dévastateurs pour éliminer définitivement la menace du régime iranien »
.
4 mars
Le président Donald Trump « réfléchit activement »
au rôle des États-Unis en Iran après la guerre, fait savoir la porte-parole Karoline Leavitt. Là encore, l’hypothèse de l’élimination d’une menace imminente et la légitime défense ne semble plus vraiment à l’ordre du jour. Le président a agi parce qu’il avait « une impression
(the feeling, en anglais), basée sur des faits, que l’Iran allait frapper des positions américaines »
, ajoute tout de même la porte-parole.
5 mars
Donald Trump assène, lui-même, qu’il doit « être impliqué »
dans la succession d’Ali Khamenei (nouvelle fenêtre), assassiné lors d’une frappe quelques jours plus tôt. De son côté, le ministre de la Défense Pete Hegseth souligne que « nous venons tout juste de commencer à nous battre »,
laissant présager un conflit voué à s’inscrire dans la durée.
6 mars
Après une semaine de combats, le pensionnaire de la Maison Blanche effectue un nouveau virage à 180°. « Il n’y aura pas d’accord avec l’Iran, sauf en cas de CAPITULATION INCONDITIONNELLE »
, lance le 45ᵉ et 47ᵉ président des États-Unis sur son réseau social Truth Social. « Après cela, et après avoir choisi un ou plusieurs dirigeants EXCEPTIONNELS ET ACCEPTABLES, nous, ainsi que bon nombre de nos merveilleux et très courageux alliés et partenaires, travaillerons sans relâche pour ramener l’Iran du bord de la destruction, afin de le rendre économiquement plus grand, meilleur et plus fort que jamais »
, assure-t-il.
Cette déclaration spectaculaire est la dernière « d’une série d’objectifs que M. Trump a définis pour la guerre en Iran, et qui changent constamment »
, constate The New York Times
.
« Ce que le président entend par là, c’est que lorsqu’il déterminera, en tant que commandant en chef des forces armées américaines, que l’Iran ne représente plus une menace pour les États-Unis d’Amérique et que les objectifs de l’opération Epic Fury auront été pleinement atteints, alors l’Iran sera de facto en situation de capitulation sans condition, qu’il le reconnaisse ou non »
, précise sa porte-parole Karoline Leavitt. Mais, pointe CNN, ni elle ni le chef d’État n’ont « formulé de demandes précises »
.
9 mars
Mis sous pression par certains de ses proches, inquiets des répercussions politiques d’un conflit trop long, et par l’envolée des prix du pétrole et du gaz, Donald Trump promet devant la presse que la guerre contre l’Iran
« va bientôt se terminer »
. Selon lui, les forces américaines seraient « bien en avance »
sur leurs temps de passage. « [L’Iran] n’a plus de marine, plus de communications, ils n’ont plus d’armée de l’air. Leurs missiles sont dispersés. Leurs drones sont détruits un peu partout, y compris leurs installations de fabrication de drones
« , détaille-t-il dans les colonnes de CBS.
D’après le
Wall Street Journal
, des membres de son équipe « auraient ces derniers jours incité le président américain à élaborer un plan de sortie de la guerre »
, lui suggérant de « mettre en avant l’idée que l’armée avait largement atteint ses objectifs »
, pour avoir une porte de sortie.
Quelques heures plus tard, pourtant, de nouvelles contradictions apparaissent. « Nous avons gagné à bien des égards, mais pas suffisamment. Nous avançons plus déterminés que jamais pour obtenir la victoire ultime qui mettra fin une bonne fois pour toutes à ce danger de longue date »
, met en garde le républicain. Dans la soirée, le dirigeant a adopté « un ton belliqueux »
et a averti l’Iran « d’une action encore plus agressive si ses dirigeants tentaient de couper l’approvisionnement énergétique mondial »
, rapporte le New York Times
, qui voit dans ces propos une manière de « rassurer les marchés pétroliers et les investisseurs inquiets »
.
Objectif atteint puisque, ce mardi 10 mars, le prix du baril de pétrole a chuté (-6% du côté de la référence américaine West Texas Intermediate (WTI), -7% pour le Brent de la mer du Nord), tout comme celui du gaz (-13% chez le TTF néerlandais, considéré comme la référence européenne). Les bourses ont également ouvert dans le vert.




