- Le chef de l’Église présente ce lundi sa première publication majeure, nommée « Humanité magnifique ».
- Ce texte de 130 pages vise les dérives de l’intelligence artificielle ainsi que ses conséquences sociales et environnementales.
- Il parachève les dernières années de réflexion du Vatican sur le sujet.
La plus haute autorité chrétienne n’a pas fini son combat contre l’intelligence artificielle, bien au contraire. La nouvelle étape ? La publication ce lundi 25 mai par le Vatican de la première encyclique du pape Léon XIV. Ce document de premier plan très attendu est consacré à la protection de la dignité humaine face à l’essor fulgurant de l’IA à l’échelle mondiale. Le pape a participé à la présentation à 11h30 du texte intitulé « Magnifica Humanitas
» (« Humanité magnifique » en latin), long de 130 pages, témoin de toute son importance.
Lors de cette présentation, le pape Léon XIV n’a pas mâché ses mots. Il a appelé à « désarmer »
l’intelligence artificielle pour « l’empêcher de dominer l’humain ».
Il qualifie même les dérives autour de cette technologie de « nouvelles formes d’esclavage »
qui « alimentent le fossé entre les inclus et les exclus »
. Il aspire à « des solutions technologiques plus durables afin de réduire l’impact sur l’environnement »
.
Position de référence
« Dans certaines régions du monde, des adolescents et des enfants travaillent dans des conditions dangereuses au broyage des matériaux dont on tire les terres rares. Des corps marqués, mutilés, usés pour que le flux de calcul ne s’interrompe pas »
, dénonce-t-il dans son encyclique.
« En outre, des réseaux criminels utilisent des plateformes en ligne, des systèmes de messagerie, des paiements anonymes et des techniques de profilage pour recruter, contrôler et déplacer des victimes de la traite, fréquemment mineures, transformant hommes et femmes en données à tracer et en colis à déplacer »
, martèle l’autorité religieuse.
Dans ce texte profondément social, le pape américain rappelle que l’IA « ne peut être considérée comme moralement neutre »,
mettant l’accent sur le rôle de l’éducation pour apprendre à en maîtriser les risques, et sur la nécessité d’un code éthique commun.
En y consacrant une encyclique, le pape envoie en effet un message fort. Adressée à l’ensemble des fidèles, elle fixe une position de référence sur des questions sociales, morales, politiques ou théologiques et sert généralement de base à l’enseignement et aux débats à plus long terme. Il l’inscrit dans la continuité de son enseignement social : il a été signé le 15 mai, date du 135ᵉ anniversaire de « Rerum Novarum »
(1891), encyclique de Léon XIII qui a posé les fondements de la doctrine sociale de l’Église face à la révolution industrielle.
Critiques de l’IA depuis le pape François
Le texte n’est toutefois que l’aboutissement de réflexions autour des nouvelles technologies amorcées par l’Église depuis plusieurs années. Dès 2020, le Saint-Siège avait lancé, avec des entreprises du numérique et des institutions académiques, l' »Appel de Rome pour une éthique de l’IA »
, plaidant pour un développement des technologies respectueux de la dignité humaine. Le pape François lui-même avait multiplié les prises de parole sur le sujet, appelant à encadrer ces technologies et à éviter qu’elles n’accentuent les inégalités.
Dès sa première année dans le costume ecclésiastique, Léon XIV reprend le flambeau et multiplie les avertissements face aux dangers de l’IA, comme dans les usages militaires ou les « ravages environnementaux »
de la « course effrénée »
aux terres rares, essentielles à l’électronique moderne.
En décembre 2025, Léon XIV avait aussi dénoncé la course à l’IA dans le domaine militaire, voyant dans « la délégation aux machines des décisions concernant la vie et la mort des personnes humaines »
une « spirale destructrice »
. Le chef de l’Église catholique a notamment souligné la nécessité d’une « alphabétisation numérique (…) pour comprendre comment les algorithmes modèlent notre perception de la réalité »
et appelé à davantage de transparence et de prévention dans ces systèmes qui régissent le fonctionnement des différents chatbots.
« La révolution industrielle a bouleversé le marché du travail, la vie des gens, l’hégémonie et les rapports de force. À l’époque, il fallait former les individus à l’utilisation des outils. Il en va de même aujourd’hui : il faut former et éduquer »
, explique à l’AFP Marijana Grbesa, professeure à l’université de Zagreb et intervenante à une conférence sur l’IA au Vatican. Or « aujourd’hui, l’éducation n’est pas suffisante. C’est aussi quelque chose que le pape souligne dans son message »
, ajoute-t-elle.
Cette technologie pourrait en effet peser jusqu’à 4.800 milliards de dollars d’ici 2033 selon les Nations unies, soit une multiplication par 25 en une décennie, tout en concentrant ses bénéfices entre les mains d’un nombre limité d’acteurs. En 2025, l’ONU alertait sur un « vide dangereux »
en matière de régulation.




