samedi, mars 7

  • Les sans-abris souffrent de la raréfaction des pièces de monnaie dans les poches des Français.
  • Depuis près de quatre mois, l’association Solly distribue aux personnes sans domicile fixe une carte de paiement, permettant aux donateurs de leur laisser quelques euros via leur smartphone en flashant un QR code.
  • Pour TF1info, Tim Deguette, fondateur du concept, tire de premiers enseignements positifs de cette expérimentation.

Les associations recensent près de 350.000 personnes sans domicile fixe en France. Ces dernières sont confrontées à un problème face à la raréfaction des pièces de monnaie. L’évolution des paiements par carte ou via un smartphone n’incite plus les gens à avoir de l’argent liquide sur eux. Et bientôt, les sans-abris ne pourront plus compter sur la générosité des passants qui donnent des titres-restaurants en format papier, le gouvernement ayant annoncé leur disparition au 1ᵉʳ janvier 2027 (nouvelle fenêtre).

Tim Deguette, étudiant en communication et marketing à Lille, le constate pour TF1info : « Au lycée, je croisais les mêmes personnes tous les jours et je m’excusais à chaque fois de ne pas avoir de monnaie. » Le jeune homme voit sa vie se digitaliser à « une vitesse folle ». Face à cette situation, il réfléchit à munir les personnes vivant dans la rue d’une carte de paiement (nouvelle fenêtre). En 2023, il lance une première étude de marché, réunit des experts issus du monde associatif et des technologies numériques. « Beaucoup de donateurs craignent une mauvaise utilisation de leur don. Il faut gagner leur confiance avant de penser à dématérialiser. »

L’argent est versé directement sur le compte du bénéficiaire et peut être utilisé pour des besoins essentiels

Tim Deguette, fondateur de l’association Solly

Avec deux autres bénévoles, le Nordiste crée l’association Solly qui se donne pour objectif de « redonner du lien social et de la dignité à ceux qui vivent dans la rue et de redonner confiance aux donateurs ». Il noue un partenariat avec la coopérative de paiement Upcoop pour fournir des cartes de paiement. « Chaque carte est reliée à un compte bancaire personnel. C’est simple à utiliser : les passants n’ont qu’à scanner un QR Code présent sur le badge avec leur smartphone. Ils peuvent faire un don instantané de deux à cent euros. L’argent est versé directement sur le compte du bénéficiaire et peut être utilisé pour des besoins essentiels comme l’alimentation, l’hygiène ou l’hébergement », décrit le jeune homme. Les sans-abris (nouvelle fenêtre) peuvent accrocher leur badge sur un tour de cou ou l’épingler à leur vêtement. Avantage non négligeable : un code PIN personnel sécurise la carte contre le vol.

Près de 500 sans-abris dans une vingtaine de villes

Solly a lancé le dispositif le 22 novembre dernier à Lille. Aujourd’hui, les sans-abris d’une vingtaine de villes françaises peuvent en bénéficier : Amiens, Paris, Metz, Strasbourg, Lille, Toulouse, Bordeaux, Nice, Chambéry ou Étampes. L’association prévoit une phase d’expérimentation de six mois avant de faire le point. Mais les premiers enseignements donnent beaucoup d’espoir à Tim Deguette : « Nous avons déjà enregistré près de 6.600 dons pour près de 500 bénéficiaires. En moyenne, les donateurs laissent quatre euros. Nous démultiplions les dons. » À noter que ceux qui le souhaitent peuvent également faire un don sur le site de l’association (nouvelle fenêtre). Un algorithme répartit équitablement cette somme sur les cartes des bénéficiaires d’une ville choisie par le donneur.

Tim Deguette ne veut pas faire de misérabilisme et s’attache à améliorer la vie de ces sans-abris. Il note d’ailleurs un effet inattendu : « En volumétrie horaire, beaucoup de sans-abris se postent pendant dix heures de suite devant une supérette avant d’acheter ce dont ils ont besoin pour se nourrir quand ils le peuvent. Nos bénéficiaires assurent qu’ils gagnent plus rapidement les 15 ou 20 euros dont ils ont besoin. Ils utilisent ce temps pour rencontrer des associations, trouver une formation, un logement et travailler à leur réinsertion. »

Plusieurs défis se présentent maintenant à l’association : délivrer les mille cartes disponibles, puis trouver les réseaux associatifs partenaires avant d’en recommander. « Nous testons plusieurs choses en suivant des maraudes, en allant à des distributions alimentaires, en mandatant des associations comme Urgence Social Rue… Des associations étrangères nous demandent des cartes de paiement tous les jours pour leurs sans-abris. » Il imagine déjà recruter si nécessaire, quelqu’un « qui viendra de la rue, assurément ».

Geoffrey LOPES

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