mardi, janvier 27

  • La pop culture met souvent en scène les amours toxiques et intenses, éloignées du véritable lien amoureux.
  • Pourtant, une relation saine repose surtout sur le calme, la sécurité et la durée, loin de l’adrénaline émotionnelle.
  • La thérapeute Anissa Ali nous aide à reconnaître cet amour adulte.

« C’est juste que bien, ce n’est pas suffisant« , dit Jackie, le personnage incarné par Adèle Exarchopoulos dans le film « L’Amour ouf  » de Gilles Lellouche. Une phrase qui a massivement circulé sur les réseaux sociaux à la sortie du film dans les salles obscures. Dans cette scène, Jackie annonce à son père avoir quitté son époux Jeffrey et retrouve son amour d’adolescence Clotaire, joué par François Civil. D’un côté, une vie rangée et calme. De l’autre, un amour chaotique, intense, passionné. Toxique. Une histoire pas si nouvelle et une phrase, en apparence, anodine, en dit beaucoup sur le rapport à l’amour dans les relations et l’imaginaire amoureux. 

« Pendant des décennies, la culture populaire a glorifié l’amour qui se mérite dans la souffrance

La psychothérapeute Anissa Ali

« Pendant des décennies, la culture populaire a glorifié l’amour impossible, douloureux, excessif, voire toxique : celui qui se mérite dans la souffrance. Nous avons appris à désirer ce qui fuit, ce qui brûle, ce qui résiste, ce qui est « inaccessible ». Mais ce sont des narrations esthétiques, pas des modèles de santé émotionnelle, hélas« , explique la thérapeute Anissa Ali à TF1info. Résultat : dans la vraie vie, nous sommes nombreux et nombreuses à confondre « amour » et « intensité », comme le personnage de Jackie, et à romantiser les histoires d’amour impossibles et passionnelles. 

Pour la thérapeute, « notre époque a déplacé l’amour du registre du lien vers celui de la stimulation« . Elle précise que l’intensité active la dopamine, l’anticipation, la nouveauté tandis que l’amour « relève davantage de l’ocytocine, de la répétition, de la fiabilité, de la durée« . L’amour n’est pas moins puissant, mais moins bruyant, or « dans une société saturée de stimuli, de signaux, d’alertes et d’émotions instantanées, nous avons appris à croire que ce qui ne déborde pas n’existe pas« . Et lorsqu’une relation de couple est plutôt un encéphalogramme plat qu’une série de montagnes russes, nous avons tendance à la trouver plate, fade, sans saveur. La relation « passionnelle » a beau être romantisée (dans les livres, dans les séries, dans les films), elle n’est pourtant pas souhaitable, car elle crée de l’incertitude, de l’attente, de la peur, et ce chaos permanent « maintient le corps en état d’alerte permanent » : oui, le cœur bat plus vite, mais pas à cause de l’amour. C’est plutôt à cause de la tension qui « maintient le système nerveux sympathique activé« . À l’inverse, la relation « juste bien », qui est, en réalité, une relation calme, peut être perçue comme un vide, notamment lorsqu’on est habitué au « bruit émotionnel« , mais « bien souvent, ce n’est pas que la relation est fade, c’est que le corps ne sait plus reconnaître la paix comme un état désirable« .

Comment ne plus confondre amour et intensité ?

Cette confusion entre « amour » et « intensité » peut être le résultat d’un schéma répétitif ou trouver sa source dans l’enfance, notamment si l’amour a été « intermittent, imprévisible ou conditionnel« . Le cerveau, apprenant l’amour par association, il a intégré que le manque est familier, que « l’attente devient signifiante, la peur devient la preuve que cela compte« , précise Anissa Ali. Elle ajoute : « Ce n’est pas une préférence consciente, mais plutôt une mémoire émotionnelle qui continue d’agir tant qu’elle n’est pas mise en lumière« . Et tant que le travail sur cette mémoire émotionnelle n’a pas été fait et que les styles d’attachement (sécure, anxieux, évitant…) n’ont pas été reconnus, les choix amoureux seront dictés par « la chimie », « la connexion », la passion, l’intensité, et non pas par le calme, la sécurité, la cohérence, la continuité. Or, une relation fondée sur l’amour et non pas sur l’adrénaline se reconnaît à cela, mais aussi à la « capacité de traverser un désaccord sans menacer le lien« . « L’amour n’a pas besoin d’être prouvé tous les jours ni affiché sur Instagram. Il se vérifie dans la durée, dans la fiabilité, dans la présence qui ne disparaît pas au premier inconfort« , précise Anissa Ali.

Pour la thérapeute, il est possible de réconcilier passion et sécurité émotionnelle, mais en gardant en tête que « la passion durable ne naît pas du chaos, mais de la présence choisie, du désir incarné, de la liberté à l’intérieur du lien« . Elle précise que « la sécurité n’éteint pas le désir, elle lui permet justement de ne plus dépendre de la peur pour exister« . Et apprendre à ne plus confondre amour et intensité, ou à opposer une relation « calme » à une relation passionnelle, suppose une rééducation émotionnelle. Cela signifie qu’il faut « apprendre à tolérer le calme, la prévisibilité, la sécurité« , parfois avec l’aide d’un thérapeute, de manière à comprendre que « l’intensité ne signifie pas devenir tiède, mais plutôt devenir régulé » et qu’une « relation aimante stabilise le système nerveux tandis qu’une relation uniquement intense l’épuise« . Et contrairement à ce que l’on croit, ne pas être en alerte permanente ne signifie pas un manque d’amour, cela signifie que « le système nerveux n’est plus en danger« , rassure Anissa Ali. Et de conclure : « L’amour adulte ne cherche pas à provoquer des pics émotionnels, il cherche à rendre la vie habitable« . Et peut-être qu’au lieu de chercher l’intense, il faut comprendre que « bien », c’est largement suffisant. C’est même le but d’une relation. Être bien. 

Sabine BOUCHOUL pour TF1 INFO

Share.
Exit mobile version