jeudi, mars 5

LA LISTE DE LA MATINALE

Cette semaine, « Le Monde des livres » vous propose une plongée dans la moiteur d’Abou Dhabi, avec le roman acerbe et brillant de Jérôme Ferrari, Très brève théorie de l’enfer ; dans les lendemains du militantisme féministe déçu, avec l’éclairant essai Lutter sans se trahir, de Diane Richard ; dans le passé ukrainien, de la Shoah à la guerre actuelle, avec Amadoca, le grand roman de l’écrivaine Sofia Andrukhovych ; dans la loge de concierge – la porte n’est-elle pas toujours ouverte ? – des parents de Mariana Alves, immigrés portugais, qu’elle raconte dans le roman La Classe et la Fonction ; enfin, dans le mémoire du parricide Pierre Rivière, exhumé dans les années 1970 par Michel Foucault, et que l’anthropologue Jeanne Favret-Saada réévalue dans L’Impossible Famille Rivière.

ROMAN. « Très brève théorie de l’enfer », de Jérôme Ferrari

D’où vient la puissante joie que procure à ses lecteurs fidèles la perspective d’un nouveau roman de Jérôme Ferrari ? Assurément pas d’une quelconque promesse d’en sortir consolés. Rien non plus qui ait à voir avec la possibilité d’être distraits par la fiction. Il s’agit toujours, pour l’auteur, de contempler le désastre de l’humaine condition dans ses innombrables modalités.

Très brève théorie de l’enfer est le deuxième volet d’un triptyque, Contes de l’indigène et du voyageur, que l’auteur entend consacrer à l’altérité. En dépit d’accès de railleries autodépréciatives très amusants, c’est depuis le fond du désespoir et de la déréliction que le narrateur de ce texte raconte avoir perdu sa femme et sa fille à l’issue des deux années passées à Abou Dhabi. Parallèlement à son récit est rapportée, sur le mode du conte, la vie de Kaveesha, l’employée de maison venue du Sri Lanka qui a consacré sa vie à élever les enfants d’autres, cependant que son fils grandissait loin d’elle.

Ne pas en tirer la conclusion que cette acerbe et brillante exploration du déséquilibre des conditions et des manières d’appréhender l’exil soit une façon pour l’auteur de se donner bonne conscience. Le texte frappe de la même inopérante caducité bonne et mauvaise conscience, l’une et l’autre constituant des tentatives d’ignorer qu’en acceptant de vivre dans le monde tel qu’il est, « nous lui donnons, à chaque battement de notre cœur las, notre assentiment ».

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