vendredi, avril 10

De notre envoyé spécial au Havre,

RFI : Cela fait dix jours depuis cette qualification historique au Mondial… Vous êtes encore sur votre petit nuage ?

Lionel Mpasi : Je ne sais pas si je réalise encore aujourd’hui. Je ne sais pas si je suis redescendu encore. Mais je me rappelle des sourires et de la célébration après le match, dès le coup de sifflet final. Le soulagement de l’avoir fait, et c’était indescriptible. Je pense que je réaliserai vraiment quand on y sera. Là, il y a trop de choses dans la tête pour vraiment réaliser.

Et après la fête au Mexique, vous êtes rentrés à Kinshasa pour la prolonger un peu. Racontez-nous comment cela s’est passé.

C’était la folie, c’était indescriptible. On a vu que le peuple attendait depuis 52 ans, on a été convoqué par le président de la République, et ça nous tenait à cœur d’y être, de vivre ce moment parce que je pense qu’on ne revivra plus une telle chose dans notre vie. Mes parents ont aux alentours de 50 ans, ils étaient tout bébés ou peut-être que mon père avait 8 ou 10 ans quand le Zaïre, à l’époque, avait été en Coupe du monde. Donc il y a pas mal de personnes en RDC qui n’ont jamais vu le pays au Mondial, et ça s’est ressenti parce que l’accueil qu’on a reçu de la part du peuple était historique. On a vu qu’on avait fait quelque chose d’historique.

Vous sentez dans l’équipe cet héritage des Léopards du Zaïre de 1974 ? Vous en avez parlé ?

En rentrant au Congo, on a vu qu’on avait marqué l’histoire et qu’on rentrait dans l’histoire du Congo, que nos noms et notre génération seront gravés à vie dans l’histoire du Congo. Et ça nous tenait à cœur d’obtenir cette qualification historique parce qu’on savait tous les enjeux qu’il y avait, au niveau de ce qui se passe à l’est du Congo, la guerre. Et on a vu, quand on est rentré au pays, qu’on avait redonné du sourire, de l’espoir à tout le monde. Et oui, on espère que ça ouvrira des portes à des qualifications régulières en Coupe du monde, à des améliorations dans les structures, que ce soit pour la jeunesse ou pour la sélection. On espère que cette qualification fera avancer les choses positivement.

Le public vous a accueilli en héros à Kinshasa, mais à Guadalajara aussi vous étiez soutenus ! Vous avez un message pour ceux qui ont bravé les obstacles de visas et qui ont fait le long déplacement pour vous voir ?

Franchement là, sur le barrage, on était agréablement surpris de tous les Congolais qui étaient présents. Ils se sont déplacés en nombre, que ce soient les Congolais des États-Unis, les Congolais du Canada. En fait, tous les Congolais du monde se sont mobilisés parce qu’ils savaient que c’était un moment super important.

Et il y a aussi les supporters mexicains qui nous aimaient bien ! C’était abusé, on était allé voir le match juste avant nous, Nouvelle-Calédonie-Jamaïque, on était dans les tribunes tout en haut avec tous les joueurs et le staff, et dès ce match-là les supporters mexicains scandaient « Congo ! Congo ! ». Et ça s’est ressenti sur le match qu’on a joué contre la Jamaïque : à chaque occasion, quand on avait le ballon, on entendait des « Olé ! » et ça criait, ça faisait un bruit incroyable. Le soutien des Mexicains, en plus de tous les supporters congolais qui ont fait le déplacement, c’est un soutien incroyable, et on espère qu’au Mondial, il y aura autant voire plus de soutien. Je sais que les gens vont se mobiliser, que ce ne sera pas facile d’obtenir des visas pour certains, mais ceux qui peuvent venir, on a besoin de tout le monde.

A titre personnel, est-ce que vous vivez la meilleure période de votre carrière ?

En arrivant ici, au Havre, je disais à tout le monde que c’était le meilleur moment de ma carrière, que je me sentais au top, que j’arrivais à maturité. Découvrir la Ligue 1 à 31 ans, mieux vaut tard que jamais ! Et maintenant, obtenir une qualification et potentiellement pouvoir jouer une Coupe du monde, c’est le sommet dans ma carrière. Et quand je regarde d’où je viens et par où je suis passé, oui, c’est une grande fierté.

Justement, la découverte du plus haut-niveau en club en Ligue 1, qu’est-ce que ça vous apporte dans votre carrière en sélection et inversement, est-ce que ce que vous vivez avec la RDC peut vous servir dans la quête du maintien avec Le Havre ?

Vivre des moments comme ça, ça booste forcément, c’est que du positif. Surtout qu’en mon absence, Le Havre a obtenu un bon point contre Auxerre à la maison. Mais oui, ça donne beaucoup de force pour la fin du championnat. Je suis super content d’être arrivé ici au Havre l’été dernier. J’ai été super bien accueilli, et je pense que ça s’est ressenti sur mes performances en sélection parce que je n’avais pas de temps de jeu depuis le début de la saison, mais j’ai réussi à reprendre mon poste chez les Léopards. Il y a eu la Coupe d’Afrique des nations qui s’est bien passée, en rentrant j’ai réussi à avoir du temps de jeu ici en club et ça s’est plutôt bien passé. Je suis content, mais je pense que c’est dans la continuité et ma signature ici n’est pas anodine.

Le Havre en Ligue 1, la RDC… Ce sont des équipes habituées à lutter pour des maintiens ou des qualifications. C’est un type d’environnement dans lequel vous semblez vous épanouir ! C’est un hasard ou vous recherchez cela spécifiquement ?

Je pense que c’est ce qui me correspond le plus parce que c’est à l’image de ma carrière. J’ai toujours dû travailler dur, ne jamais rien lâcher, et c’est pareil au club ici. On n’est pas les meilleurs, on n’a pas les meilleurs salaires, on n’a pas les meilleures infrastructures, mais on est là, on se bat tous les jours et on se bat avec nos armes. Et il y a de la résilience, et je pense que c’est le maître mot dans ma carrière et dans ma vie, la résilience. Et avec le Congo, c’est pareil, on a été résilients, on s’est battus jusqu’au bout. Avec Le Havre, on se bat chaque journée depuis le début de la saison et on va encore se battre jusqu’à la fin pour pouvoir obtenir le maintien. Mais oui, ça me correspond bien.

Quelle est votre relation avec les autres Congolais de Ligue 1 ?

Avec le groupe au Congo, on a créé quelque chose. Et maintenant quand on se croise sur les terrains de Ligue 1, ce n’est pas « je croise un joueur congolais », c’est « je croise un membre de ma famille ». Je me souviens quand les Lillois sont venus ici, Ngal’ayel Mukau et Chancel Mbemba, notre capitaine : on a échangé les maillots directement ! Ce ne sont pas juste de simples compatriotes de sélection.

Si vous deviez garder une image de votre saison, ce serait laquelle ? 

Sans aucun doute, la photo de la célébration avec toute l’équipe congolaise au Mexique. On est tous sur le terrain, les joueurs, le staff, les gens du ministère, on est tous posés sur le terrain avec la pancarte « qualifiés pour le Mondial ». Et je pense que c’est une image qui restera gravée très, très longtemps.

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