lundi, avril 13

Le 19 mars, le Sabetta, un navire cargo russe sous sanctions américaines, est entré dans le port de Conakry, en Guinée. Comme l’a montré une image satellite prise le 21 mars et obtenue par la rédaction des Observateurs auprès d’Airbus, le navire transportait une cargaison de plusieurs dizaines de véhicules militaires. Ces véhicules ont finalement été livrés au Mali.

Le port de Conakry fait en effet partie d’un corridor logistique par lequel transitent régulièrement des convois de matériel militaire vers Bamako à destination des Forces armées du Mali (Fama) ou du contingent russe de l’Africa Corps dans le pays.

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Sur Facebook, plusieurs internautes ont pourtant soutenu le 19 mars que ce chargement n’était pas destiné au Mali mais à l’armée guinéenne :

« Contrairement aux rumeurs qui circulaient (et qui ont fait le buzz), le déchargement est bel et bien pour la Guinée-Conakry et non ailleurs.

Ce matériel va équiper le Groupement des forces d’intervention rapide (GFIR), notre unité d’élite chargée de la sécurité nationale, de la traque des terroristes, du grand banditisme et de la protection des sites stratégiques.

Malgré les tractations du régime malien pour récupérer une partie de cet équipement, la Guinée reste pleinement souveraine sur son sol et sur ses choix de livraisons militaires. »

Ces internautes présentent comme prétendues preuves de la remise des véhicules militaires à la Guinée deux photos présumées du Sabetta. Prises de nuit, elles montreraient la réception de la cargaison du navire par les militaires guinéens dans le port de Conakry.

Cependant, la rumeur comme quoi la cargaison du Sabetta aurait été livrée aux forces armées guinéennes, est fausse, tout comme les prétendues photographies du déchargement du navire.

Des images créées par IA

Les photographies censées montrer le déchargement du Sabetta dans le port de Conakry affichent en effet des anomalies qui laissent penser qu’elles ont été générées par IA.

Dans une prétendue photo du navire prise de face, un soldat semble être dépourvu de tête tandis qu’à l’arrière-plan, un personnage ne possède ni bras ni tête.

Dans une autre photo du déchargement vue de côté, le fusil d’un soldat apparaît déformé et ne ressemble à aucune arme connue. Dans le même cliché, un autre soldat sur le quai du port ne semble pas non plus posséder de bras. Certaines IA génératrices d’images ont encore du mal à générer correctement les détails de l’anatomie humaine et ceux des objets.

Ensuite, le navire présenté dans ces photographies comme étant le Sabetta est en fait très différent du véritable navire russe dans ses dimensions et ses équipements.

Comme on peut le constater sur le site de suivi de trafic maritime VesselFinder, le Sabetta est un navire cargo de 143 m de longueur et de 22 m de largeur équipé de grues. Or on ne retrouve pas de grues sur le navire visible dans les photos générées par IA. Autre détail, la superstructure du Sabetta où se trouve la passerelle de commandement et les quartiers de l’équipage fait six étages de hauteur. Dans les photos générées par IA, cette superstructure ne compte que deux étages, et le bateau apparaît significativement plus petit que dans la réalité.

Des armes aperçues au Mali

Et comme a pu l’établir notre précédente enquête sur le Sabetta publiée samedi 11 avril, les véhicules débarqués par le navire dans le port de Conakry ont été livrés au Mali à partir du 24 mars. Les médias et les réseaux sociaux maliens ont en effet publié à partir de cette date plusieurs images et vidéos de convois de matériel présentés comme venant de Guinée (ici, ici et ).

Enfin, les véhicules visibles sur les photographies générées par IA n’apparaissent pas clairement comme étant de nature militaire. Ils n’ont d’ailleurs aucune ressemblance avec les véritables blindés aperçus dans les convois militaires au Mali.

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