vendredi, février 6

 

Depuis la récente déclassification de documents liés au pédocriminel Jeffrey Epstein, Internet est saturé de fausses affirmations autour de l’affaire, brouillant la frontière entre le vrai et le faux. Parmi elles, certains internautes affirment qu’une vidéo montrant une femme criant “ils mangent des humains” devant un hotel de luxe, ce qui prouverait l’existence de pratiques cannibales liées au dossier Epstein. Massivement relayée sur TikTok, cette vidéo cumule plusieurs millions de vues.

Or, en l’état, aucun de ces éléments ne permet d’établir l’existence de faits de cannibalisme liés à l’affaire Epstein.

Une vidéo ancienne sans lien établi avec l’affaire Epstein

« Ils mangent des gens ! C’est dégoûtant ! », s’exclame la femme visible dans la vidéo, identifiée comme une mannequin mexicaine nommée Gabriela Rico Jimenez. La scène aurait eu lieu devant un hôtel à Monterrey, au Mexique, en 2009, et certains internautes l’associent à tort à l’affaire Jeffrey Epstein.

Une recherche sur YouTube avec les mots clés “Gabriela Rico Jimenez” permet de retrouver la vidéo originale dans son intégralité : l’extrait viral se situe à 2 min 44. Plus tôt dans la vidéo, la jeune femme tient un discours confus, évoquant la reine d’Angleterre, la princesse de Galles et Mickey Mouse.

Dans la vidéo, elle accuse Carlos Slim Domit, fils de l’homme d’affaire mexicain Carlos Slim, “d’être au courant de tout”, en évoquant le décès de l’ancien secrétaire du gouvernement mexicain, Juan Camilo Mouriño, survenu en 2008 à la suite d’un accident d’avion. « Mouriño n’aurait pas dû mourir ainsi », affirme-t-elle. On croit donc comprendre que c’est cet homme qui serait la victime de cannibalisme selon cette vidéo, sans que les auteurs de cet acte supposés ne soient identifiés.

Selon les médias mexicains El Universal et El Imparcial, aucune source officielle ne permet de confirmer que les propos de Gabriela Rico Jimenez correspondent à des faits avérés. Les réseaux criminels supposés qu’elle évoque dans la vidéo et les actes de cannibalisme mentionnés n’ont jamais été corroborés par une enquête officielle. Par ailleurs, le nom de Gabriela Rico Jimenez n’apparaît dans aucun des dossiers déclassifiés liés à l’affaire Epstein.

 

Un témoignage sans preuve

Un autre élément avancé comme “preuve” par les comptes relayant hors contexte cette vidéo, provient d’un document issu des fichiers déclassifiés, contenant le témoignage d’une victime présumée de Jeffrey Epstein reçu par la police de New York. Lors de son audition, cette personne affirme avoir été témoin lors d’une soirée en 2000 sur le yacht appartenant à Epstein de “bébés démembrés, leurs intestins retirés, et des individus consommant les excréments provenant de leurs intestins”. Le document complet est consultable [ici].

Cependant, une partie essentielle du document est systématiquement omise par ceux qui diffusent ces allégations. Les conclusions de l’enquêteur visible sur la deuxième page du même document indiquent clairement : “La victime n’a fourni aucune preuve ni donné d’autres témoins pour étayer ses accusations.”

Le document précise également que la victime présumée a déclaré avoir consommé par le passé des champignons hallucinogènes ainsi que d’autres substances illicites, et qu’elle fume actuellement du cannabis.

Des images issues d’un film d’horreur

Pour étayer les allégations de cannibalisme, certains internautes partagent des images montrant ce qui serait censé être un être humain présenté sous forme d’une dinde rôtie. Ces publications, provenant notamment du compte Not a Number, qui se définit comme « combattant pour la liberté, chercheur de vérité, anti-woke », ont atteint plus de 4 millions de vues.

Si les images sont choquantes, un rapide examen des commentaires sur X révèle qu’un internaute a identifié leur véritable origine : le film d’horreur “Thanksgiving”. Une vérification sur YouTube de la bande-annonce du film confirme que les images proviennent bien de ce contenu fictionnel sorti en 2007, et n’ont aucun lien avec Jeffrey Epstein.

 

La publication de ces documents judiciaires n’implique aucune nouvelle accusation formelle, mais elle a relancé la couverture médiatique et déclenché une vague de spéculations sur les réseaux sociaux, où des utilisateurs ont commencé à partager des listes de noms figurant dans les fichiers, souvent hors de tout contexte juridique. Il est donc préférable de rester prudent avant de relayer ce type de contenus.

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