Le Pakistan a bombardé Kaboul lundi soir, le gouvernement afghan l’accusant d’avoir tué de nombreux civils dans un centre de traitement pour toxicomanes où des journalistes de l’AFP ont vu des dizaines de morts et blessés au milieu des décombres.
Islamabad a affirmé avoir frappé « des cibles militaires et terroristes ».
Vers 21H00 locales (16H30 GMT), plusieurs fortes explosions ont retenti dans le centre de la capitale afghane, selon des journalistes de l’AFP.
A quelques jours de la fête de fin du ramadan, ces frappes ont causé des scènes de panique, des familles qui se promenaient après la rupture du jeûne courant s’abriter chez elles ou en sous-sol.
« Le régime pakistanais a une nouvelle fois violé l’espace aérien afghan, visant un centre de traitement contre les addictions à Kaboul, tuant et blessant de nombreux civils, pour la plupart des toxicomanes suivant un traitement », a déclaré sur X le porte-parole du gouvernement Zabihullah Mujahid.
« Nous condamnons ce crime et le qualifions d’acte inhumain violant tous les principes », a-t-il ajouté.
Dans l’unité du centre médical touché par la frappe, des secouristes transportaient des corps sans vie vers l’extérieur alors qu’un incendie était toujours en cours sur le site.
– 30 cadavres –
Des journalistes de l’AFP ont pu compter au moins trente cadavres dans une atmosphère chaotique.
Des blessés criaient pour recevoir de l’aide tandis qu’un ballet d’ambulances se relayaient pour les acheminer vers d’autres hôpitaux de la ville.
Le ministère de la Santé afghan a indiqué à l’AFP que, selon des « rapports préliminaires, le bilan pourrait se monter à 200 morts et plus de 200 blessés ». Mais, a ajouté son porte-parole Sharafat Zaman, « il n’est pas possible de donner un chiffre exact à ce stade ».
Un peu plus tard, un porte-parole du gouvernement a dit craindre « un lourd bilan » évoquant 400 morts et 250 blessés.
Un total de 3.000 patients étaient traités dans le centre, en provenance de toutes les régions d’Afghanistan, selon le ministère de la Santé.
Au moins trois corps ont été reçus à l’hôpital de l’ONG italienne Emergency dans la capitale afghane et 27 blessés y sont traités, a de son côté déclaré à l’AFP son directeur en Afghanistan Dejan Panic, sans exclure que le bilan ne soit plus lourd.
Des médecins ont été appelés en urgence en renfort dans plusieurs hôpitaux, a témoigné l’un d’entre eux sous couvert d’anonymat.
« J’ai entendu un avion de chasse voler au-dessus de nous. Des unités militaires à proximité ont tiré vers l’avion. Il a lâché des bombes et le feu s’est déclaré », a raconté à l’AFP un des gardiens de l’établissement, Omid Stanikzai.
« Ce sont tous des civils tués et blessés, c’étaient des toxicomanes emmenés par leurs familles dans l’espoir d’une guérison », a-t-il ajouté encore sous le choc.
– « Guerre ouverte » –
Les autorités pakistanaises ont de leur côté affirmé « avoir visé précisément des installations militaires et des infrastructures de soutien aux terroristes » « qui étaient utilisés contre des civils pakistanais ».
« Le Pakistan frappe ses cibles précisément et s’assure qu’il n’y a pas de dommage collatéral », a ajouté le ministère de l’Information.
Les deux Etats sont en conflit depuis des mois, Islamabad accusant son voisin d’accueillir des combattants du mouvement des talibans pakistanais (TTP) qui ont revendiqué des attaques meurtrières sur le sol pakistanais, ce que les autorités afghanes démentent.
Après une escalade en octobre qui avait fait des dizaines de morts, les affrontements s’étaient calmés sans jamais s’arrêter. Mais ils ont repris avec intensité le 26 février après des frappes pakistanaises, Islamabad parlant de « guerre ouverte » le 27 février et frappant Kaboul dans la foulée.
Selon la mission des Nations unies en Afghanistan (UNAMA), 75 civils afghans ont été tués entre le 26 février et le 13 mars. Plus de 115.000 familles ont été déplacées.
« Consterné par les informations sur des frappes pakistanaises en Afghanistan. Mes condoléances », a écrit sur X le rapporteur spécial des Nations unies pour l’Afghanistan Richard Bennett en appelant les parties « à la désescalade et à protéger les civils et les sites comme les hôpitaux ».
Frappes et bombardements touchent Kaboul et des provinces frontalières dans l’est et le sud depuis des semaines et ont fait encore plusieurs morts ces jours derniers.
Un émissaire chinois s’était rendu en Afghanistan et au Pakistan entre le 7 et le 14 mars pour mener une médiation pour appeler à un cessez-le-feu immédiat, a annoncé Pékin lundi.
« Les efforts diplomatiques des mois derniers ont échoué et les pays du Golfe sont maintenant occupés avec leur propre guerre, la Chine n’a que peu de succès », a estimé Michael Kugelman, un expert du centre de réflexion Atlantic Council international affairs qui ne voit pas de fin du conflit à court-terme.
Le Programme alimentaire mondial de l’ONU (PAM) qui a commencé à délivrer une aide d’urgence à 20.000 familles afghanes déplacées a averti qu’une « instabilité persistante (pousserait) des millions de personnes à souffrir encore plus de faim ».
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