Précédée au rayon désillusion par de nombreux autres ministres issus de la société civile durant le double quinquennat Macron, Monique Barbut a signé un faux-départ surtout symbolique des reculs successifs sur la politique écologique menée par le président depuis neuf ans.
Depuis 2017, Emmanuel Macron les affectionne. Lui-même tombé dans la politique en quelques années, et élu sur le thème du dépassement, il a toujours imposé, à ses Premiers ministres, des ministres issus de la société civile et experts dans leur domaine : Françoise Nyssen à la Culture, Agnès Buzyn à la Santé, Pap N’Daye à l’Éducation…
Tous ont témoigné, à leur départ, des promesses qui leur avaient été faites d’obtenir des marges de manœuvres sur les politiques qu’ils souhaitaient mener en bonne entente avec le milieu dont ils étaient issus. Moyennant bien sûr quelques couleuvres à avaler.
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C’est d’ailleurs le chef de l’État lui-même qui a rattrapé sur le fil, mercredi 22 juillet, Monique Barbut, ancienne présidente de WWF France qui a travaillé pour l’ONU, nommée ministre de la Transition écologique de Sébastien Lecornu en octobre 2025.
Annonçant démissionner après « le recul environnemental de trop », la ministre, très peu connue du grand public malgré son franc-parler, a accepté de « poursuivre sa mission » autour de « priorités fortes », parmi lesquelles « la préservation des forêts françaises et de la ressource en eau ».
Critiquée pour son peu de goût pour l’arène politique, ce qu’elle revendique, Monique Barbut avait annoncé son intention de jeter l’éponge mardi, écœurée d’avoir perdu un arbitrage sur la réintroduction de deux pesticides néonicotinoïdes pour une poignée de filières agricoles.
Le choix d’une « écologie transparente, inodore et incolore »
Après le départ fracassant de Nicolas Hulot au début du premier quinquennat, ce vrai-faux claquage de porte n’est, selon ses opposants, que l’ultime témoignage du manque de volonté politique d’Emmanuel Macron sur les questions environnementales.
« Le peu de poids de la locataire de l’Hôtel de Roquelaure relève avant tout d’un choix éminemment politique d’un chef de l’État qui préfère une écologie transparente, inodore et incolore », a raillé l’association Agir pour l’Environnement, rappelant qu’en neuf ans, « Emmanuel Macron aura usé huit ministres de l’Écologie ».
Comme l’ancien animateur de TF1, Monique Barbut est « lassée de ses reculs sur le sujet », a abondé la patronne du parti Les Écologistes, Marine Tondelier, qui a dénoncé le poids politique « zéro » du ministère de la Transition écologique.
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Mais au-delà des reculs financiers (fonds vert, MaPrimeRenov’…) et législatifs (Zone à faibles émissions, ZAN…) dont l’écologie fait l’objet depuis notamment le début de la guerre en Ukraine en 2022, cet épisode marque de manière très symbolique les écueils vécus par les ministres venus de la société civile.
S’ils maîtrisent la technique et l’écosystème qu’ils administrent, ils sont rarement rodés à la cuisine politicienne, en particulier parlementaire, dans une Assemblée plus fracturée que jamais.
Peu habitués des médias, ils se heurtent souvent à la bonne connaissance que des ministres plus politiques peuvent avoir des rouages gouvernementaux. Et perdent des arbitrages à Matignon ou à l’Élysée faute de savoir se placer pour peser face à certains collègues.
« La politique n’est pas mon monde »
Concernant le ministère de la Transition écologique, c’est de plus la démonstration symbolique de la réticence naturelle du politique pour le temps long, alors même que la lutte contre le réchauffement climatique est affaire de long terme.
Monique Barbut correspond à « des profils, des personnalités qui ne sont pas des professionnels de la politique mais qui apportent beaucoup dans le débat politique, avec toute l’authenticité qu’ils amènent aussi », a nuancé la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, mercredi.
Mais « la politique n’est pas mon monde », a tranché l’intéressée, qui venait rarement aux séances des questions au gouvernement à l’Assemblée et désertait les plateaux TV.
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La presque démission de Monique Barbut « met en lumière une évidence : la compétence technique est insuffisante pour peser politiquement, a fortiori dans un contexte de backlash écologique qui requiert un capital, un poids politique et une notoriété tout autre », analyse Stephen Kerchhove, directeur d’Agir pour l’Environnement.
« Quand vous êtes dans une ONG, vous côtoyez beaucoup de politiques, mais ce n’est pas du tout la même chose », explique une ministre, pour qui « il y a peu d’exemples de réussite » de ministres venus de la société civile.
« En plus à ce moment du second mandat et avec ce parlement-là… », souffle-t-elle.
Avec AFP




