Certains voient déjà le retour du port du masque se profiler, et d’autres imaginent même le pire : un nouveau confinement. La déclaration de cas d’hantavirus à bord du bateau de croisière MV Hondius suscite l’inquiétude et ravive des souvenirs de la pandémie de Covid-19 en 2020. Mais de leur côté les experts mettent un point d’honneur à différencier les deux infections. L’hantavirus « n’est pas un nouveau Covid », selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
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L’hantavirus déjà présent sur tous les continents
Le Covid-19 est une maladie infectieuse virale causée par un coronavirus, le Sars-CoV-2, apparue en Chine fin 2019. Transmission naturelle de l’animal à l’humain, a priori sur le site du marché de Wuhan, ou fuite d’un virus modifié de manière expérimentale depuis un laboratoire basé dans la ville ? Les deux hypothèses s’affrontent mais la première est soutenue par la majorité des scientifiques.
Hantavirus : Lecornu annonce une quarantaine renforcée à l’hôpital pour tous les cas contacts, sans exception
Cette comparaison avec le Covid-19 est revenue avec force ces dernières heures après l’annonce par les autorités françaises d’un durcissement des mesures d’isolement autour des passagers rapatriés du MV Hondius. Le gouvernement a décidé lundi soir de placer tous les cas contacts « sans exception » en quarantaine renforcée à l’hôpital, après la confirmation d’un premier cas positif en France.
Ce virus a été découvert début janvier 2020 et le 11 mars 2020, l’OMS déclarait que l’épidémie due au Covid-19 était désormais considérée comme une pandémie : celle-ci a fait des millions de morts – 20 millions selon l’OMS – et dévasté l’économie mondiale.
L’hantavirus, qui doit son nom de la rivière coréenne Hantaan à la suite d’un premier épisode épidémique survenu pendant la guerre de Corée (1950-53), est un virus présent sur tous les continents, notamment en Asie et en Europe. Il est surveillé dans les zones où il est endémique.
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Une grande proximité comme facteur de transmission
Les hantavirus sont principalement transmis à l’être humain par des rongeurs sauvages infectés, qui excrètent le virus par la salive, l’urine et les excréments : inhaler des poussières contaminées par ces déjections est le principal mode d’infection. Seule parmi une trentaine d’hantavirus connus à se transmettre d’homme à homme, la souche Andes, identifiée sur le bateau de croisière, a un délai d’incubation allant d’une à six semaines, contre sept à 10 jours en moyenne après l’apparition des symptômes, pour le Covid-19.
Si la transmission interhumaine du hantavirus Andes « passe par les voies aériennes », « elle nécessite des conditions très particulières de proximité, de promiscuité ou un terrain de fragilité de la personne exposée, bien au-delà de ce qu’on connaît pour d’autres virus respiratoires », dont le Sars-Cov2, explique Virginie Sauvage, de l’Institut Pasteur, responsable du Centre national de référence des hantavirus.
Selon Pasteur, « la période de transmission la plus à risque » pour le hantavirus est celle de l’apparition des premiers symptômes « surtout lors de contacts très étroits (contact sexuel…) ou de moments de vie dans des espaces confinés (chambre, véhicule…) ».
Les autorités sanitaires françaises surveillent désormais 22 cas contacts identifiés après le passage du bateau et des vols de rapatriement. Parmi eux figurent plusieurs passagers ayant partagé un vol avec une croisiériste néerlandaise infectée, décédée depuis.
Mais « on est un peu surpris par le nombre de cas dans cette épidémie, donc il est possible » que la contagion se produise « un ou deux jours avant l’apparition des symptômes », a déclaré Pierre Tattevin, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Rennes, lundi sur BFMTV.
Là où les hantavirus du continent américain peuvent provoquer des détresses respiratoires et cardiaques, ainsi que des fièvres hémorragiques, le Covid-19 est une maladie respiratoire aux symptômes divers (fièvre, toux, essoufflement, courbatures, fatigue, diarrhée, une perte d’odorat, du goût…)
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Tout va « beaucoup plus vite »
Un virus qui tuerait « 50 % de la population décimerait celle-ci rapidement, le priverait d’occasions de se propager », a indiqué à l’AFP Raúl González Ittig, biologiste pour l’agence nationale de recherche scientifique de l’Argentine, pays confronté à un foyer d’hantavirus qui a fait 11 morts en 2018-2019. Or, l’hantavirus Andes ayant un taux de létalité pouvant avoisiner 40 %, « les décès surviennent vite », a ajouté M. González Ittig, soulignant que « l’isolement des malades mis en place sans délai interrompt rapidement la chaîne de transmission ».
Trois personnes ayant voyagé à bord du MV Hondius sont déjà mortes depuis le début de cet épisode sanitaire. Selon les autorités, deux décès ont été confirmés comme liés à l’hantavirus Andes et un troisième est considéré comme probable.
Tout va donc « beaucoup plus vite : une seule personne le transmet, dix sont infectées et, sans traitement approprié, décèdent. C’est pourquoi le risque de pandémie d’hantavirus est bien moindre », a-t-il résumé. Le Covid-19 ne provenant pas d’un « virus à létalité rapide, infecte d’abord des milliers de personnes avant que les décès ne commencent à s’accumuler ».
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Pas de traitement ni de vaccin spécifique
« Il n’existe actuellement ni traitement spécifique ni vaccin » contre l’hantavirus, a précisé à l’AFP l’infectiologue Vincent Ronin (ANRS-Mie). Mais « plus la prise en charge est rapide, meilleur sera le pronostic », a souligné Mme Sauvage. En cas d’atteintes pulmonaires sévères, une assistance respiratoire sera nécessaire, notamment en réanimation, et en cas d’insuffisance rénale, une dialyse.
La passagère française testée positive après son rapatriement est actuellement hospitalisée en réanimation à Paris. Son état est jugé « très critique » par l’OMS, même si le gouvernement assure qu’elle se trouve dans un état stable.
Côté vaccin, des « essais ont été faits sur certaines souches de virus » sans que leur efficacité sur tous les hantavirus ne soit « avérée », a rapporté M. Ronin.
Pour le Covid-19, les soins visent à atténuer les symptômes (paracétamol…) mais des antiviraux peuvent être administrés aux personnes à risque élevé de forme grave. Des vaccins, notamment à ARN messager, ont été développés en un temps record. Leur efficacité et leur sécurité ont été largement documentées sur la base de milliards de vaccinations dans le monde.
Ce que nous apprend la principale étude menée sur l’hantavirus des Andes
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