mardi, février 3

La parole est à l’accusation. La journée de ce mardi 3 février s’annonçait longue à la cour d’appel de Paris pour Marine Le Pen et ses coprévenus, dans ce nouveau procès des assistants parlementaires européens du FN, devenu RN.

Au terme de six heures de réquisitoire, les deux avocats généraux ont réclamé pour la cheffe de file des députés RN une peine de quatre ans de prison, dont trois ans avec sursis, « la partie ferme étant aménagée sous forme de détention à domicile sous surveillance électronique« . Une amende de 100 000 euros et une peine complémentaire d’inéligibilité de cinq ans ont également été demandées.

Information majeure de la soirée : le parquet n’a toutefois pas réclamé l’exécution provisoire de cette peine.

« On est sur la même ligne qu’en première instance », analyse Cem Alp, avocat pénaliste au barreau de Lyon. « Le parquet demande la confirmation de ce qui avait été prononcé en première instance, à ceci près qu’il requiert, de manière assez surprenante, que la peine d’inéligibilité ne soit pas assortie de l’exécution provisoire ».

« Ce qui signifie que, si les magistrats de la cour d’appel condamnent Marine Le Pen en suivant les réquisitions du parquet, un éventuel pourvoi en cassation aurait un effet suspensif, au moins sur la peine d’inéligibilité« , explique le pénaliste à Euronews.

Cela rend possible sa candidature à l’élection présidentielle de 2027, résume-t-il, en cas de pourvoi en cassation.

Autre différence par rapport au premier procès : une peine d’un an de prison ferme (aménageable) est désormais requise, contre deux ans auparavant.

Concernant l’inéligibilité, Me Alp rappelle qu’il s’agit d’une peine quasi automatique dans les affaires de détournement de fonds publics.

« Je vous rappelle que ce n’est pas le jugement. Ce sont des réquisitions », a déclaré Marine Le Pen aux journalistes, en quittant la salle d’audience.

« Inutiles de feindre un faux suspense »

Dès l’ouverture de sa prise de parole, le premier avocat général Thierry Ramonatxo, cité par les médias français, a levé le voile sur un point aux conséquences potentiellement lourdes pour la vie politique du pays. « Inutile de feindre un faux suspense », a-t-il déclaré, ajoutant que des « peines d’inéligibilité seront bien requises ».

Marine Le Pen avait été reconnue coupable en première instance, le 31 mars 2025, de détournement de fonds publics dans l’affaire des assistants parlementaires européens. Elle avait été condamnée à quatre ans de prison (dont deux avec sursis), 100 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate pour cette dernière.

Les juges ont considéré qu’il existait un « système » organisé destiné à détourner les enveloppes versées par le Parlement européen pour payer des assistants parlementaires du FN, afin d’utiliser cet argent à des fins partisanes.

Cette peine fait désormais l’objet d’un second examen par la cour d’appel, dont les audiences se tiennent du 13 janvier au 12 février 2026, avec un verdict attendu avant l’été prochain.

À la veille de l’ouverture du procès en appel, la dirigeante d’extrême droite a déclaré qu’elle espérait convaincre les magistrats de son innocence, affirmant que « l’affaire va être remise à zéro » et qu’elle souhaite « dire la vérité » pour être mieux entendue par la cour.

Qui pour représenter le RN à la présidentielle ?

Si, en appel, Marine Le Pen est condamnée à deux ans ou moins d’inéligibilité, la cheffe de file des députés Rassemblement national pourrait se présenter à la prochaine présidentielle, puisque l’ex-présidente du parti a commencé à purger sa peine dès le 31 mars de l’année passée. En revanche, une peine plus lourde pourrait l’empêcher de se lancer dans une quatrième campagne présidentielle.

Les électeurs du RN attendent donc toujours de savoir quel bulletin ils pourront glisser dans l’urne. Et, déjà, les tractations ont débuté. Selon un sondage Elabe pour BFMTV publié le 14 janvier dernier, 58 % de ces électeurs donnent leur préférence à Jordan Bardella, contre 35 % à Marine Le Pen.

En prenant en compte l’ensemble des Français sondés, 31 % estiment que le président du RN est le meilleur candidat pour le parti, contre 18 % pour Marine Le Pen. 51 % d’entre eux ne donnent leur préférence ni à l’un, ni à l’autre.

Début décembre, Ipsos révélait que Jordan Bardella disposait d’un potentiel électoral « très légèrement » supérieur à celui de Marine Le Pen. Selon l’institut de sondage, « 38 % des Français pourraient voter pour lui, dont 19 % certainement et 19 % probablement, contre 36 % pour l’ancienne candidate du parti (18 % certainement et 18 % probablement) ».

Cette différence vient surtout des sympathisants Les Républicains, dont 16 % pourraient voter pour Bardella mais pas pour Marine Le Pen, indique Ipsos.

Certains électeurs du RN ont déjà tranché. Si 34 % des sondés pourraient voter pour l’un ou l’autre, 5 % de ceux qui choisiraient Jordan Bardella ne mettraient pas de bulletin pour Marine Le Pen, tandis que 2 % des électeurs RN privilégieraient l’ancienne présidente du parti au détriment de l’actuel.

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