mercredi, février 25

Depuis que l’administration Trump a rendu publics 3,5 millions de documents issus du dossier Jeffrey Epstein le 30 janvier, l’affaire ne cesse de troubler l’opinion. Tous les regards sont tournés vers ce financier new-yorkais à la tête d’un réseau international de proxénétisme et de pédocriminalité.

Professeur de philosophie à l’Ecole normale supérieure, Marc Crépon analyse la façon dont ce scandale sexuel met notre société à l’épreuve. Le directeur de recherches au CNRS est notamment l’auteur de nombreux ouvrages sur la question de la violence, tel que Le Consentement meurtrier (Cerf, 2012). A la suite de la révélation de l’affaire Matzneff, écrivain accusé de viols sur mineurs, il a publié Ces temps-ci. La société à l’épreuve des affaires de mœurs (Rivages, 2020), un essai dans lequel il analyse l’étendue de la complaisance passée de la société face à ce type de violences sexuelles.

En quoi l’affaire Epstein est-elle une épreuve pour nos sociétés ?

L’affaire Epstein révèle un système de consommation et d’exploitation de jeunes filles, réduites à l’état d’objets sexuels et mises à la disposition des puissants de ce monde. Il est évident qu’un tel scandale sexuel met la société à l’épreuve, non seulement parce qu’elle la met en face de son silence passé, mais parce qu’elle porte en elle plusieurs pièges. Le premier consiste à basculer dans le complotisme, en considérant que tous les puissants de ce monde sont des pervers sexuels – alors qu’il ne s’agissait pas d’un vaste réseau, mais d’un vivier dans lequel des jeunes femmes étaient offertes à des personnes bien précises qui bénéficiaient des avantages « en nature » que leur offrait Epstein. Le second piège consiste à se focaliser sur les responsables, en oubliant les victimes et la façon dont les violences sexuelles les ont détruites.

Justement, comment expliquez-vous la fascination pour Jeffrey Epstein et ses connexions ?

Nous sommes sidérés par l’ampleur des complicités et la culture du viol au plus haut niveau de la société. Jeffrey Epstein est condamné une première fois en 2008 [à dix-huit mois de prison] pour trafic de prostituées mineures. Des faits extrêmement graves qui ne dissuadent pas un certain nombre de personnes d’entretenir des relations avec lui. Continuer à fréquenter Jeffrey Epstein en connaissance de cause procède pourtant d’une minimisation complète de ses crimes.

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