mercredi, juin 24

L’historien français Marc Bloch, soldat et résistant assassiné par la Gestapo pendant la Deuxième guerre mondiale, est entré ce mardi 23 juin au Panthéon, nécropole nationale où la France honore ses personnalités au destin exceptionnel, un hommage voulu par le président Emmanuel Macron à « l’homme des Lumières » aux antipodes du « repli identitaire ».

Ce rituel à dimension politique intervient à un an de la présidentielle où le Rassemblement national est donné favori, et alors que l’éventuelle présence de l’extrême droite à la cérémonie a fait débat.

Lors d’une cérémonie solennelle et ouverte au public dans la soirée, Emmanuel Macron a honoré Marc Bloch « à la fois comme héros, combattant de la Résistance, intellectuel engagé et républicain, professeur historien, et comme conscience ».

La sixième panthéonisation d’Emmanuel Macron

L’acteur Jacques Gamblin a lu le récit de la vie de l’historien, en commençant par la fin, dans la cellule de la prison Montluc à Lyon, dans les heures précédant son exécution le 16 juin 1944.

Il s’agit de la sixième panthéonisation des deux quinquennats d’Emmanuel Macron, après celles de Simone Veil, déportée à Auschwitz, grande figure de la vie politique française avec son combat pour l’Europe et le droit à l’avortement, l’écrivain et vétéran de la Première Guerre mondiale Maurice Genevoix, la chanteuse noire Joséphine Baker, le résistant résistant arménien réfugié en France Missak Manouchian et Robert Badinter, ancien ministre de la Justice et artisan de l’abolition de la peine de mort.

Juste après 21 heures, des extraits du testament spirituel de Marc Bloch ont été lus, et les cercueils de l’intellectuel et de son épouse Simonne Vidal – qui l’a accompagné à la demande de la famille – ont remonté lentement vers le Panthéon.

Les cercueils ne contiennent pas les corps, les descendants ayant souhaité que celui de l’historien continue de reposer dans un village de la Creuse (centre). Celui de Simonne, morte à Lyon (centre-est) sous un faux nom en juillet 1944, n’a pas été retrouvé.

Ils renfermeront des objets symboliques, médailles, le testament spirituel de Marc Bloch en 1941, des photos et des lettres de son épouse à ses enfants, a précisé à l’AFP Suzette Bloch, petite-fille de l’historien.

Un « témoin du désastre de 1940 »

Marc Bloch est une référence intellectuelle pour Emmanuel Macron, assurent ses proches.

Fin 2024, en annonçant sa panthéonisation, le président Macron avait évoqué ce « témoin du désastre de 1940 » – l’armistice conclu avec l’Allemagne nazie après la déroute de l’armée française – qui « écrivit pour les générations à venir le récit de cette Étrange défaite, celle de notre volonté française émoussée par le conservatisme, endormie par le conformisme, amollie par la bureaucratie, délaissée par une partie de ses élites ».

L’historien « dit quelque chose de notre époque », a déclaré Emmanuel Macron au Figaro. Il met en avant son rapport à la « vérité historique » alors que « le révisionnisme » est « partout ».

Un peu avant le discours d’Emmanuel Macron, des soldats de la Garde républicaine française ont transporté les deux cénotaphes recouverts du drapeau national dnas l’allée du Panthéon jusqu’au monument.

La famille avait demandé que l’extrême droite soit « exclue » de la cérémonie, même si certaines invitations sont imposées par le protocole. Marine Le Pen, pour le Rassemblement national, mais aussi une autre figure d’extrême droite et ex-candidate à la mairie de Paris, Sarah Knafo, ont fait savoir qu’elles seraient absentes.

Mais à quelques heures de la panthéonisation, le président du RN Jordan Bardella a rendu hommage sur X à celui qui a su dresser « un réquisitoire implacable » contre « l’aveuglement d’une partie des élites françaises qui ont conduit notre pays à l’abîme en 1940 ».

En réponse, le chef de la gauche, l’Insoumis Jean-Luc Mélenchon a laissé entendre que les fondateurs du parti lepéniste étaient du côté des responsables de cet « abîme ».

« Le programme que défend l’extrême droite va totalement à l’encontre de Marc Bloch et pourtant, depuis une vingtaine d’années, l’extrême droite se met à le citer de façon permanente », a déploré sur franceinfo son arrière-petit-fils, Matis, également historien.

La famille opposée à toute « récupération communautaire »

Marc Bloch a révolutionné l’étude de l’Histoire en l’ouvrant à l’anthropologie, l’économie et la sociologie. Victime des lois antisémites, l’universitaire, déjà mobilisé en 1914-1918, une nouvelle fois à sa demande en 1939, entre dans la clandestinité en 1943 à Lyon dans le mouvement Franc-Tireur.

Arrêté le 8 mars 1944, il est torturé par la Gestapo puis exécuté le 16 juin, avec d’autres détenus, au bord d’un champ en criant « Vive la France ».

La famille s’est opposée à toute « récupération communautaire » de ce juif athée, qui « n’avait foi qu’en une seule idée, la République », a-t-elle écrit dans une lettre au chef de l’Etat.

Une dernière panthéonisation avant la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron, en mai 2027, n’est pas exclue. « Nous verrons bien en fonction des débats qui se déroulent aujourd’hui dans la société », relève un conseiller présidentiel alors qu’une pétition circule pour faire entrer au Panthéon Samuel Paty, professeur assassiné en 2020 par un islamiste radical.

Article original publié sur BFMTV.com

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