« Je suis en vie », voilà le premier message reçu jeudi 22 janvier répondant à un simple : « Comment ça va ? », envoyé il y a deux semaines alors que l’Iran venait d’être placé sous une chape de plomb. D’autres contacts en Iran répondent progressivement. Certains restent flous. D’autres parlent de l’odeur de la mort dans l’air, de la culpabilité de pouvoir respirer alors que d’autres innocents ont péri, leurs corps emmenés en camion poubelle.
Au milieu de la nuit, l’un d’eux choisit de braver la peur et d’aller plus loin : « Nous sommes sous le choc », commence la jeune femme. « Ils ont massacré leur propre peuple… tellement de gens. » Les messages écrits deviennent vocaux.
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« À travers tout le pays, chaque personne que je connais connaît beaucoup de morts. Je les ai vus faire moi-même, affirme-t-elle. Ils tiraient sur les gens en visant le cœur ou la tête. Pas les jambes ni les mains, non, ils tiraient pour tuer ».
Le jeudi 8 janvier, au 12e jour du mouvement antirégime, les autorités iraniennes ont donc choisi de couper les communications, alors que dans les rues les manifestations prenaient une nouvelle ampleur répondant à l’appel du fils du shah Reza Pahlavi. « La foule a envahi les rues de tout le pays, affirme la jeune femme. Cela a continué le lendemain. Reza Pahlavi a beaucoup de fans ici. D‘autres ne veulent pas de lui à la tête du pays mais l’acceptent en tant que figure de ralliement. » C’est à ce moment-là que les massacres se sont généralisés dans tout le pays.
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Avec le retour d’internet, des témoignages et des vidéos
Avec le retour d’internet, les Iraniens retrouvent des moyens de parler sans être sous écoute, mais aussi de publier des vidéos. Des vidéos que notre contact découvrait en même temps que nous échangions. Des vidéos comme des flashs de la violence qu’ont vécue les Iraniens ces dernières semaines. Des vidéos qu’il faudra prendre le temps de vérifier une par une.
Certaines montrent ce qui semble être des forces de sécurité tirant à l’arme de guerre. Beaucoup sont des vidéos de cadavres : des corps dans des sacs mortuaires noirs entassés dans un camion ou alignés dans une morgue. Au milieu, les vivants en pleurs cherchent leurs proches. « Certaines familles n’ont toujours pas pu enterrer leurs morts, affirme notre contact. Les corps sont retenus par les autorités. D’autres sont portés disparus. »
Soudain, tous ses messages s’effacent : « J’ai peur qu’ils m’accusent d’espionnage », nous dit-elle, une accusation qui peut valoir la peine de mort.
La répression continue
Car la répression continue dans le pays. Pendant tout notre échange, la peur était omniprésente, même si notre interlocutrice a tenu à ce que nous transmettions son témoignage. Si les manifestations et leur répression semblent être terminées, les contrôles, eux, sont systématiques. Au-delà des morts et blessés, des dizaines de milliers de personnes ont été arrêtées et certaines déjà condamnées à mort.
« Aujourd’hui en Iran la vie a repris, parce qu’il faut bien vivre », estime mon contact. « Mais les gens sont choqués, en colère et plongés dans une profonde tristesse », conclut-elle avant de supprimer définitivement notre conversation.
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