mardi, janvier 20
Lors d’une manifestation des agriculteurs français devant le Parlement européen, à Strasbourg, le 17 décembre 2025.

Des milliers d’agriculteurs sont attendus mardi 20 janvier à Strasbourg pour exprimer leur rejet de l’accord commercial avec le Mercosur et « mettre la pression » sur les députés européens, à la veille d’un vote sur une saisine de la justice.

Trois jours après la signature de l’accord commercial entre l’Union européenne et les pays latino-américains du Mercosur, au Paraguay, les agriculteurs ne comptent « pas lâcher », a déclaré Hervé Lapie, secrétaire général de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), à l’Agence France-Presse (AFP). Ils s’étaient déjà mobilisés par milliers le 18 décembre à Bruxelles.

Selon lui, « 600 à 700 » tracteurs doivent affluer dès le matin dans la capitale alsacienne, ce qui devrait provoquer des difficultés de circulation. Un important dispositif policier sera déployé pour protéger le Parlement européen, en pleine session plénière.

Au total, quelque 4 000 agriculteurs venus des quatre coins de l’Union européenne, dont l’Italie, la Belgique et l’Allemagne, sont attendus, avec une majorité de Français, le mouvement ayant été lancé par la FNSEA, premier syndicat agricole national.

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Les eurodéputés ne se prononceront sur l’ensemble de l’accord avec le Mercosur que dans les prochains mois, mais ils sont appelés à s’exprimer mercredi sur une éventuelle saisine de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). En cas de vote positif, la CJUE étudiera la compatibilité de l’accord avec les traités. Si l’avis de la cour est négatif, l’accord ne pourra entrer en vigueur que s’il est modifié.

« Même s’il y a des pays qui sont favorables au Mercosur, à l’intérieur des pays, il y a des eurodéputés qui se questionnent fortement et ça peut se jouer à quelques voix près, donc il faut continuer à mettre la pression », souligne M. Lapie. Les agriculteurs ont prévu de rencontrer de nombreux parlementaires et de rester à Strasbourg jusqu’à mercredi.

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Motion de censure contre Ursula von der Leyen

Négocié depuis 1999, l’accord avec le Mercosur a été soutenu par une majorité d’Etats. La France s’y est opposée. Ce texte crée l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde entre l’Union européenne, le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay, soit plus de 700 millions de consommateurs.

Il doit permettre à l’Union européenne d’exporter davantage de voitures, machines, vins et spiritueux vers l’Amérique latine tout en facilitant l’entrée en Europe de viande bovine, sucre, riz, miel et soja sud-américains.

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Pour ses détracteurs, cela va bousculer l’agriculture européenne avec des produits importés moins chers et pas forcément respectueux des normes de l’Union européenne, faute de contrôles suffisants.

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« On a peur pour nous, pour nos revenus mais aussi pour nos concitoyens, qui vont voir arriver des produits alimentaires qu’on n’a pas le droit de produire chez nous », témoigne M. Lapie, déplorant un « troc ». « Nous mettre autant de normes, de réglementations qui grèvent notre compétitivité, à nous les paysans français et européens, et importer des produits alimentaires qui ne respectent en rien ce qu’on nous impose… On touche quand même le fond. »

« C’est aux parlementaires [européens] de décider maintenant de saisir la Cour de justice européenne. Moi, je le comprends et j’espère que cette démarche ira à son terme », a affirmé mardi matin sur TF1 la ministre de l’agriculture, Annie Genevard.

Au-delà de l’accord avec le Mercosur, les manifestants, soutenus par le Copa-Cogeca, principale organisation agricole européenne, s’inquiètent de l’avenir et du financement de la Politique agricole commune (PAC) et réclament des mesures de simplification.

Au lendemain du vote sur la saisine de la justice, les eurodéputés seront amenés à voter jeudi midi sur une motion de censure à l’encontre de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Cette motion, à l’initiative du groupe d’extrême droite des Patriotes pour l’Europe, qui dénonce l’accord avec le Mercosur, a peu de chances de succès, son adoption requérant la majorité des deux tiers des suffrages exprimés, représentant la majorité des députés qui composent le Parlement.

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Le Monde avec AFP

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