Bah N’Daw ne souhaitant pas s’éterniser à la présidence, il n’y avait aucun intérêt à comploter en sa faveur. C’est d’abord ce qu’a expliqué, en substance, le colonel Kassoum Goïta – aucun lien avec Assimi Goïta, actuel président de transition et meneur des putschistes de 2020. Avant d’expliquer, selon des sources présentes dans le tribunal, que sa fonction de chef de la Sécurité d’État lui avait donné accès à beaucoup d’informations sensibles et que c’est ce qui explique, selon lui, qu’il ait été enlevé, séquestré et qu’il soit aujourd’hui poursuivi.
Détournements de fonds
À la barre, le colonel Kassoum Goïta accuse les militaires putschistes qui dirigent – toujours – la Transition d’avoir détourné des fonds publics datant de l’ère IBK (Ibrahim Boubacar Keïta, l’ancien président renversé par le coup d’État de 2020) en les plaçant, par l’entremise du ministre de l’Économie Alousséni Sanou, sur des comptes offshore. Alerté, l’ex-président Bah N’Daw aurait enjoint les militaires de remettre l’argent à sa place. En vain. Le colonel Kassoum Goïta n’a précisé aucun montant.
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Plan pour se maintenir au pouvoir
L’ancien chef de la Sécurité d’État affirme également avoir eu connaissance d’un plan élaboré par les militaires pour se maintenir au pouvoir bien au-delà de ce qu’ils promettaient alors. Bah N’Daw, mis dans la confidence, aurait refusé. La Transition dure depuis près de six années.
En dépit des interruptions du procureur général, le colonel Kassoum Goïta évoque aussi les tortures subies en détention. Mais c’est l’opérateur économique Sandi Ahmed Saloum, l’un des six co-accusés, qui les décrit le plus directement, ne cachant pas même les sévices infligés à son sexe. Les photos sont jointes au dossier.
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Tortures, enlèvements, détentions illégales
Au premier jour du procès, mardi, les avocats de la défense avaient eux-mêmes évoqué ces tortures, mais aussi les enlèvements, les détentions illégales, les signatures de procès-verbaux sous la menace et sans avocat et autres graves vices de procédure pour plaider la nullité des poursuites : demande rejetée par la cour. Même refus concernant l’application de la loi d’amnistie votée en septembre 2021, qui protège les auteurs des coups d’État d’août 2020 et de mai 2021 – en clair, les dirigeants militaires en place.
Ce jeudi, l’ancien secrétaire général de la présidence Kalilou Doumbia, qui avait lu à la télévision, en mai 2021, la composition de l’éphémère nouveau gouvernement, s’exprimera à son tour. Viendront ensuite les plaidoiries des avocats : ceux de la défense, du ministère public et du contentieux de l’État. Quant à l’unique témoin sur lequel reposent les accusations de complot, un militaire, il est absent depuis le début du procès. La cour a toutefois, si elle le souhaite, les moyens de l’obliger à comparaître.
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