Habib Yalcoué était directeur d’école et premier adjoint au maire de la commune de Kendié. Il a été assassiné dans la nuit du samedi 30 au dimanche 31 mai par des hommes armés qui ont fait irruption à son domicile et ont tiré sur lui à bout portant, devant sa famille. Selon les sources locales jointes par RFI – élus ou anciens élus, habitants, représentants communautaires, professionnels de la veille sécuritaire -, Habib Yalcoué plaidait pour la conclusion d’accords locaux avec le Jnim, lié à al-Qaïda. En clair : il plaidait pour que les habitants acceptent de se soumettre à la vision de la charia prônée par les jihadistes afin de ne plus subir leurs attaques et de pouvoir se déplacer ou travailler librement.
Si certaines de ces sources – mais pas toutes – rapportent également un second assassinat dans la nuit du dimanche 31 mai au lundi 1er juin dans le village de Banguel Toupé qui appartient à la même commune, tous les interlocuteurs joints par RFI accusent en revanche clairement les chasseurs traditionnels dozos de Dan Na Ambassagou, mués depuis des années en groupe d’autodéfense face aux jihadistes. « Dan Na Ambassagou règle ses comptes aux partisans des accords locaux », explique l’une de ces sources.
Sollicités par RFI, plusieurs dirigeants de Dan Na Ambassagou démentent toute implication et rappellent plutôt les violences exercées par les jihadistes dans la région de Bandiagara.
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Attaques jihadistes
Le 6 mai à Kori Kori et à Gomossogou, le 12 mai à Kendié et le 21 mai dans cinq villages des communes de Dimbal et de Bankass : le mois dernier, le Jnim a mené une série d’attaques dans des villages justement sous protection des chasseurs dozos. Ces attaques ont fait un total d’au moins 70 morts – « plus de 120 », selon Dan Na Ambassagou -, parmi lesquels des chasseurs traditionnels mais aussi des civils.
Après les premières attaques, les ministres de la Réconciliation nationale, le général Ismaël Wagué, et de la Santé, le médecin colonel-major Assa Badiallo Touré, s’étaient rendus à Bandiagara, le 11 mai, pour soutenir les populations. Ils les ont également appelées à rester unies et les ont assurées de l’engagement des autorités de transition à « poursuivre sans relâche les efforts de sécurisation » du territoire, selon les termes du communiqué officiel.
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Déplacés et réfugiés
Toutes ces attaques ont suscité des déplacements de population, certaines familles préférant se mettre à l’abri dans des localités moins exposées. Dans le même temps, la région de Bandiagara connaît aussi un nouvel afflux de réfugiés qui arrivent, quant à eux, du Burkina Faso voisin.
Selon un communiqué du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) publié dimanche 31 mai, la ville de Koro voit ainsi arriver depuis mardi 26 mai un nombre important – mais non précisé – de « femmes, enfants et personnes âgées » majoritairement, qui ont parcouru « des dizaines de kilomètres à pied ou à moto » pour fuir les violences subies dans leurs villages de la boucle du Mouhoun, au Burkina Faso. « Arrivés épuisés et dans une grande précarité, ils ont tout laissé derrière eux et ont besoin d’une assistance immédiate », poursuit l’agence onusienne.
Or « la capacité d’accueil de Koro est déjà fortement sollicitée », alerte le HCR : « La ville abrite l’une des plus fortes concentrations de réfugiés au Mali, avec des dizaines de milliers de personnes déjà présentes. Les infrastructures locales sont saturées, et les ressources humanitaires disponibles demeurent largement insuffisantes face à l’ampleur croissante des besoins ».
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