Un déjeuner de travail au format discret, mais le bilan politique est là : Paris et Antananarivo ont scellé ce mardi un nouveau cadre de partenariat pour les 24 prochains mois, selon un communiqué de l’Elysée, rapporte notre correspondante à Antananarivo, Aurélie Kouman.
« Dans un contexte international marqué par de nombreux défis, les deux présidents réaffirment leur engagement pour un partenariat renouvelé, équilibré et résolument tourné vers l’avenir, fondé sur le respect mutuel et orienté vers des résultats concrets au bénéfice de leurs populations respectives », souligne le document.
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Acter la stratégie de diversification de Madagascar
Les deux dirigeants ont « agréé une série d’orientations » fixant le « cap » de la relation bilatérale pour les deux ans à venir, soit l’échéance de la transition annoncée par les nouvelles autorités malgaches. Cela passe par une « consolidation de la relation politique », le soutien de la France au « développement économique » de Madagascar et la « poursuite de la coopération de sécurité et de défense ».
Pour le colonel Michaël Randrianirina l’enjeu était d’acter sa stratégie de diversification : « Madagascar ne pratique aucune discrimination », a-t-il martelé juste avant sa visite en France. Il avait été reçu par Vladimir Poutine à Moscou, vendredi dernier.
Mais pour normaliser la relation avec la France, il fallait d’abord solder le passif de l’exfiltration de l’ex-président Andry Rajoelina par Paris en octobre dernier suite aux manifestations de la Gen-Z, vécue comme une ingérence par la jeunesse malgache.
Un froid diplomatique dont la Russie a profité. La veille, deux gros-porteurs russes livraient 60 tonnes de vivres à Antananarivo, une des manifestations de l’accord stratégique signé au Kremlin.
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Des domaines « prioritaires » pour le patronat malgache
Face à cette dynamique, la France réplique sur le terrain économique. Une rencontre qui s’est tenue dans la foulée entre le patronat malgache présent à Paris et le Medef, le patronat français, a abouti à des accords de financements pour 29 projets, d’une valeur située entre 1 et 2 milliards d’euros, notamment dans des domaines dits « prioritaires » : le tourisme, la formation, le numérique et surtout l’énergie.
À Madagascar, les délestages électriques rythment le quotidien des ménages comme des entreprises. Un frein majeur à l’activité économique, qui rend les investissements dans l’énergie urgents. Cinq projets ont ainsi été identifiés, mêlant énergie solaire, mini-réseaux décentralisés en zone rurale et, à plus long terme, de grands barrages hydroélectriques, notamment Volobe et Sahofika.
Interrogé au micro d’Alexis Bedu du service Économie de RFI, Francis Rabarijohn, président du Groupement des entreprises de Madagascar, explique qu’« il faut prioriser les projets qui ont des résultats visibles à court terme, dans les zéro-24 mois, sinon zéro-douze mois ».
Ces partenariats européens sont d’autant plus cruciaux pour Antananarivo que les relations commerciales ne sont pas au beau fixe. L’an dernier, des droits de douane pouvant atteindre 47 % avaient été imposés aux produits malgaches. Et malgré leur annulation par la Cour suprême américaine, l’incertitude reste entière pour les chefs d’entreprises malgaches.
« On ne sait pas ce qu’il en est. Dans un mois, dans six mois, dans un an. L’agoa a été renouvelée pour un an. C’est vraiment trop trop court. On était parti quand même de 47 %, on est descendu à dix et on attend la confirmation des 15%. C’est beaucoup d’incertitude et ça, ça nuit à une évolution positive des investissements », déplore le président du Groupement des entreprises de Madagascar.
Avec une filière textile malgache déjà bien affaiblie qui fait face à une concurrence accrue, particulièrement de l’Inde.
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