mardi, juin 16

Certains la disent autoritaire, capable du pire. Si elle reconnaît avoir un fort caractère, elle nie avoir commis tout acte criminel. À l’âge de 79 ans, Marie-Thérèse Garcia est jugée à compter de ce mardi 16 juin à Versailles (Yvelines) pour le meurtre de son ex-belle-sœur, Corinne Di Dio, retrouvée démembrée dans une malle métallique dans l’Eure, en 1995.

Depuis son incarcération en 2023, l’accusée le martèle: elle est innocente et entend le montrer. « L’accusation repose sur du sable. On ignore ce qu’il s’est passé. Or, en droit, quand on ne sait pas, on ne condamne pas », nous écrit-elle depuis la maison d’arrêt de Versailles, via un courrier transmis à son avocate. Détenue femme la plus âgée de France, elle dénonce ses conditions d’incarcération alors que toutes ses demandes de remise en liberté ont été rejetées par la justice.

« Infliger la promiscuité, l’isolement, la rudesse carcérale à une personne de 80 ans, handicapée, dont la santé décline au vu des nombreuses pathologies et sans les soins nécessaires, sans surveillance, c’est le pronostic vital qui est engagé », affirme-t-elle. « Enfermer une octogénaire pendant trois ans consécutifs sans verdict est une anomalie démocratique. »

Durant les trois prochaines semaines, la septuagénaire devra répondre du « meurtre » et de « l’enlèvement et la séquestration » de Corinne Di Dio. L’ex-compagnon de la victime, Antonio Marquez-Gomez, accusé des mêmes faits, est introuvable et ne devrait pas être présent à l’audience, malgré le mandat d’arrêt international qui le vise.

Un rendez-vous étrange

Le 28 juin 1995, un pêcheur remarque qu’une étrange malle métallique, fermée par un cadenas, flotte sur la Seine au niveau de La Roquette, dans l’Eure. Prévenues, les autorités arrivent à l’endroit indiqué. Il jette d’abord un œil par un trou dans la caisse et distinguent un bras nu. À l’intérieur, ils retrouvent le corps démembré d’une femme. Sa tête et ses mains sont cependant introuvables.

Le cadavre restera sans identité pendant près de deux ans. Finalement, en 1997, le mystère s’éclaircit: il s’agit du corps de Corinne Di Dio, 37 ans, portée disparue justement depuis 1995.

Cette mère de famille, commerciale chez Bouygues dans les Yvelines, s’est volatilisée seulement neuf jours avant que son corps ne soit découvert. Le 19 juin 1995, ses collègues la voient quitter le bureau plutôt contrariée. À l’une d’elles, Corinne Di Dio explique devoir se rendre à un rendez-vous étrange, sans donner plus de précisions. Elle s’en va à bord de sa Peugeot 205 et sera dès lors introuvable. Son compagnon de l’époque, constatant qu’elle est injoignable depuis plusieurs jours, signalera ensuite sa disparition à la police.

« Ma Dalton » interrogée

D’entrée, en l’absence de corps, les enquêteurs étudient plusieurs pistes: celle d’une disparition volontaire de Corinne Di Dio, celle d’un suicide, aussi. Enfin, la disparue fréquentant le milieu du grand banditisme, la thèse d’un enlèvement leur paraît possible.

Ils commencent alors à s’intéresser à une autre femme proche du même milieu, Marie-Thérèse Garcia, l’ex-belle-sœur de Corinne Di Dio, qui garde régulièrement le fils de cette dernière, Romain, 10 ans. Interrogée, cette quinquagénaire au très fort caractère, surnommé par certains « Ma Dalton », leur confie qu’il pourrait s’agir d’une fugue. Elle explique que Corinne Di Dio « en dents de scie », les jours précédant sa disparition, notamment à cause d’un divorce compliqué. Elle n’exclut pas qu’elle ait pu se donner la mort.

L’ex-compagnon de Corinne Di Dio et père de l’enfant, Antonio Marquez-Gomez, bandit notable, est aussi interrogé. Aux policiers, il explique s’être mis en ménage avec Corinne Di Dio en 1981 mais n’avoir, depuis, plus beaucoup de liens avec elle. Il lui donnait cependant de l’argent pour qu’elle puisse s’occuper de leur fils et comptait sur Marie-Thérèse Garcia, en couple à l’époque avec son frère Francisco Marquez-Gomez, pour lui donner un coup de main.

Avant sa disparition, Corinne Di Dio projetait de tout quitter pour le rejoindre en Colombie, où il vit désormais. Il l’en avait cependant dissuadée, déclarant qu’il s’agissait d’un pays trop dangereux pour Romain. Il l’assure, il n’a rien à voir avec la mort de son ex-compagne. « C’est à son habitude de disparaître ainsi, et elle réapparaîtra vraisemblablement aussi subitement qu’elle est partie », déclare-t-il. Au terme de cinq années d’investigations infructueuses, un premier non-lieu est prononcé dans le dossier en mars 2000.

Le dossier rouvert en 2004

Quatre ans plus tard, une femme se présente aux autorités pour leur reparler de l’affaire Corinne Di Dio. Nancy H. affirme qu’elle a entendu sa propre mère planifier le meurtre avec un correspondant inconnu au téléphone avant les faits. Des propos d’autant plus renversants que Nancy H. n’est autre que la fille de Marie-Thérèse Garcia.

Selon ses dires, « Ma Dalton » aurait tout fait pour que Corinne Di Dio se rende chez elle à Saint-Hilarion le jour de sa disparition. Là, elle aurait été tuée dans le salon avant que son corps ne soit transporté dans le garage pour y être découpé.

Une autre personne confirme cette version auprès des enquêteurs: Francisco Marquez-Gomez, frère d’Antonio, et ex-compagnon de Marie-Thérèse Garcia. Il prête par ailleurs un mobile à cette dernière qui a pu, dit-il, en vouloir à Corinne Di Dio en découvrant qu’elle a eu une relation sexuelle avec lui, des années auparavant. Francisco assure aux enquêteurs que Marie-Thérèse Garcia lui a dit avoir « eu sa vengeance » et s’être « occupée de Corinne ».

Ces nouvelles informations font mouche. L’enquête est relancée et l’on place « Ma Dalton » en garde à vue. Celle-ci nie en bloc: elle n’a jamais touché à un cheveu de Corinne Di Dio, qu’elle appréciait beaucoup. Tout ça n’est qu’une vengeance personnelle de la part de sa fille, avec qui elle a depuis longtemps des rapports désastreux.

Dans le même temps, la maison de Marie-Thérèse Garcia est perquisitionnée et passée au crible à l’aide du Bluestar, qui met en lumière des traces de sang, même lorsqu’elles ont été essuyées. Le produit réagit alors sur le sol de la laverie, jusqu’à l’évier. Des prélèvements sont effectués, mais les analyses ne donneront rien d’intéressant. En 2008, un nouveau non-lieu est prononcé.

Interpellée en 2023

En 2023, près de trente ans après le meurtre de Corinne Di Dio, cette affaire en croise une autre et réveille le dossier. Dans les Deux-Sèvres, une nuit de novembre 2022, un couple disparaît: Kévin Trompat, 21 ans, et sa petite amie Leslie Hoorelbeke, 22 ans, se volatilisent. Fruit du hasard, Marie-Thérèse Garcia se trouve être la grande-tante de la jeune femme disparue.

Placée sur écoute sans le savoir, au cours d’un appel avec la belle-mère de Leslie, « Ma Dalton » aura ces paroles étonnantes en parlant des responsables de la double disparition: « Il vaut mieux qu’ils les chopent avant qu’on sache qui c’est (…) parce que moi je vais leur emmener mais en morceaux, dans une valise. » Une valise, des morceaux de corps… Ces éléments rappellent immédiatement aux enquêteurs l’affaire Di Dio, et ils y voient un aveu. Alors, quelques mois plus tard, Marie-Thérèse Garcia est interpellée, et cette fois, elle est placée en détention provisoire.

« Quand vous avez un proche qui disparaît, que les jours et les semaines passent et que vous n’avez pas de nouvelles, c’est l’émotion, la colère froide qui parle. Au-delà de ça, Marie-Thérèse Garcia a vécu avec l’affaire Corinne Di Dio depuis 1995. Dans son inconscient, cette affaire est là. (…) L’abomination du meurtre de Corinne Di Dio a marqué Marie-Thérèse Garcia », commente auprès de BFM son avocate, Me Najwa El Haïté, pour qui ces mots n’ont rien d’un aveu.

Malgré les nombreuses dénégations de la suspecte, la juge d’instruction retient à son encontre les témoignages défavorables de plusieurs personnes de son entourage. Par ailleurs, un élément retient son attention: à l’intérieur de la malle métallique dans laquelle le corps de Corinne Di Dio a été retrouvé en 1995, deux cheveux sont découverts et analysés. En ressort alors un ADN mitochondrial pouvant appartenir à Marie-Thérèse Garcia, ou à une autre femme de sa lignée maternelle.

Une preuve imparfaite, selon Mes Najwa El Haïté et Jérôme Goudard, qui défendent l’accusée. « En plus, il s’agit d’un cheveu châtain clair et d’un cheveu châtain foncé. Mais quand on regarde des photos de Marie-Thérèse Garcia à cette époque, ses cheveux sont noir corbeau », soutient son avocate.

« Ils ont voulu trouver la coupable idéale »

Sa cliente et elle avancent une autre piste, selon elles pas assez exploitée par les enquêteurs: celle d’une implication de Jean-Jacques Maurice, braqueur de renom avec lequel Corinne Di Dio a eu une relation avant de le dénoncer à la police après un casse, en 1981. D’après certains témoins, Jean-Jacques Maurice nourrira après cela une véritable haine à l’encontre de la jeune femme.

« La manière dont Corinne Di Dio a été tuée, ce sont des méthodes de la pègre ou du grand banditisme. La tête que l’on n’a jamais retrouvée, les mains non plus… Ce ne sont pas les méthodes de Marie-Thérèse Garcia, qui a un casier judiciaire vierge », poursuit Me Najwa El Haïté, qui dénonce des investigations selon elle très à charge.

« L’impression que ça donne, c’est qu’ils ont voulu trouver la coupable idéale. Mais avoir un fort caractère ne fait pas de vous une tueuse. »

Depuis 2023, Marie-Thérèse Garcia a vu toutes ses demandes de remise en liberté rejetées. Pourtant, selon ses conseils, elle souffre de nombreux maux et est handicapée à hauteur de 80% après avoir fait, entre autres, plusieurs AVC et étant atteinte de la maladie de Meunière, qui cause des vertiges.

Ses avocats ont malgré tout obtenu que le procès s’étale sur trois semaines au lieu des 10 jours initialement prévus et que l’audience ne déborde pas sur les week-ends. Contacté, l’avocat des parties civiles n’a pas répondu à nos sollicitations. Verdict attendu le 3 juillet.

Article original publié sur BFMTV.com

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