Voté il y a dix ans et effectivement mis en œuvre il y a cinq ans, le Brexit devait permettre au peuple britannique de « reprendre le contrôle », selon la promesse de ses promoteurs. Mais il a surtout été un outil politique pour le Parti conservateur, qui a cru pouvoir absorber et neutraliser ainsi l’essor de la droite radicale, portée par le United Kingdom Independence Party [UKIP, parti pour l’indépendance du Royaume-Uni] de Nigel Farage.
Malgré des gains à court terme, les conservateurs se sont heurtés à l’asymétrie cruelle du populisme : les partis au pouvoir sont jugés sur leurs résultats, tandis que les partis protestataires prospèrent sur un récit. Ce nouveau clivage explique la lente disparition de la droite de gouvernement britannique, tiraillée entre la progression de Nigel Farage et la social-démocratie à l’anglaise.
Avec le Brexit, le pari des tories était simple : reprendre le vocabulaire de l’insurgé et assécher la protestation. Depuis 2016, la droite britannique n’a pas seulement durci sa ligne, elle a surenchéri en reprenant le logiciel de l’extrême droite : Bruxelles comme entrave, les frontières comme bouton magique, la souveraineté comme revendication morale. Sauf qu’on ne copie pas un récit sans en payer le prix. En faisant leur le discours de la « reprise de contrôle » et de la « trahison des élites », les conservateurs ont déplacé la norme : si le Brexit échoue, c’est qu’il est mal ficelé.
Voici un paradoxe : alors que le Brexit est jugé comme un « succès » uniquement par 13 % des Britanniques (enquête YouGov, juin 2025), les tories, qui ont géré la sortie, sont blâmés, tandis que Nigel Farage est, lui, en tête dans les sondages depuis avril 2025 sur une ligne encore plus dure. Il est crédité en moyenne autour de 30 % des intentions de vote, dans un pays pourtant historiquement marqué par le bipartisme droite-gauche.
Les termes du débat
Le résultat politique est toxique : chacun y trouve matière à accuser. Les pro-européens y voient une perte d’intensité commerciale et d’attractivité, et tiennent les tories pour responsables. Les pro-Brexit y voient une rupture inachevée, donc une trahison et un Brexit mal géré par les conservateurs.
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