Menaces d’intervention militaire américaine, possibles sanctions européennes contre les gardiens de la révolution : face à la pression occidentale, l’Iran, qui a réprimé dans le sang la contestation populaire, a affiché, jeudi 29 janvier, son inflexibilité et se dit prêt à une « riposte écrasante ».
Après les déclarations du chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, affirmant que les forces armées avaient « le doigt sur la gâchette », le chef de l’armée Amir Hatami a annoncé avoir doté les régiments de combat de 1 000 drones. Face aux « menaces auxquelles nous sommes confrontés », l’armée a pour « priorité de renforcer ses atouts stratégiques en vue d’une riposte rapide et écrasante à toute invasion et attaque », a déclaré le général, cité par la télévision d’Etat.
L’Iran a notamment menacé de bloquer le détroit d’Ormuz, passage-clé pour le transport mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Le quotidien Kayhan – proche du pouvoir –, affirme jeudi dans un éditorial que « fermer le détroit relève du droit de la République islamique d’Iran ». « Si l’ennemi brandit une épée, nous n’allons pas l’accueillir avec un sourire diplomatique », ajoute le journal.
« Organisation terroriste »
Ces nouvelles déclarations interviennent au lendemain de menaces du président américain, Donald Trump : il a averti Téhéran que le « temps était compté » avant une éventuelle attaque américaine, « pire » que celle menée en juin 2025 contre des sites nucléaires iraniens. Parallèlement, Washington a déployé des forces militaires navales dans le Golfe, dont le porte-avions Abraham-Lincoln.
De son côté, l’Union européenne (UE) accentue également la pression. Les Vingt-Sept doivent décider jeudi s’ils ajoutent les gardiens de la révolution, bras armé de la République islamique, sur la liste des organisations terroristes, en réponse à la répression « la plus violente » de l’histoire récente du pays.
« Si vous agissez en terroriste, vous devez être traité comme tel », a lancé la cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, peu avant le début d’une réunion des ministres des Affaires étrangères des 27 Etats à Bruxelles. Plusieurs pays, dont la France, l’Espagne, la Belgique ou l’Italie, se sont déclarés favorables à cette décision.
Les gardiens de la révolution sont accusés par les organisations de droits humains d’avoir orchestré la répression meurtrière du vaste mouvement contestataire qui a secoué le pays, faisant des milliers de morts. L’Iran a mis en garde contre des « conséquences destructrices » si l’UE décidait de cette inscription, qui pourrait cependant n’avoir qu’un impact limité, les gardiens faisant déjà l’objet de sanctions européennes.
Voies diplomatiques
Les voies diplomatiques ne semblent toutefois pas encore épuisées. Après des tractations avec les pays du Golfe opposés à une intervention américaine, le chef de la diplomatie iranienne se rendra vendredi en Turquie, qui souhaite jouer le rôle de médiateur entre Téhéran et Washington.
Le ministre des affaires étrangères turc, Hakan Fidan, « réitérera l’opposition de la Turquie à toute intervention militaire contre l’Iran », selon une source du ministère s’exprimant sous couvert d’anonymat.
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Dans une interview à la chaîne CNN diffusée jeudi par l’agence IRNA, le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, s’est dit ouvert à un « dialogue réel et dans le cadre des règles internationales » avec les Etats-Unis. « Tant qu’il n’y a pas de garanties pour les droits du peuple iranien, et que la dignité de la nation iranienne n’est pas respectée, il n’y a naturellement pas de négociations », a-t-il prévenu. Moscou, de son côté, a estimé que le potentiel de négociations était « loin d’être épuisé », appelant « toutes les parties à la retenue ».
Peur des hôpitaux
Les bilans des ONG sur la violente répression qui s’est abattue sur les manifestants en janvier font état de milliers, voire de dizaines de milliers de morts. D’après un nouveau décompte de l’ONG Human Rights Activists News Agency (Hrana), basée aux Etats-Unis, 6 373 personnes, dont 5 993 manifestants, ont été tuées durant le mouvement de contestation, 11 018 gravement blessées et 42 486 arrêtées.
Mais le nombre de morts pourrait être bien plus élevé, avec plus de 17 000décès en cours d’examen, écrit l’ONG sur le réseau social X, ajoutant que les restrictions de communication restaient en place malgré un rétablissement partiel d’Internet après trois semaines de coupure.
Alors que des témoignages font état de blessés refusant d’aller se faire soigner à l’hôpital par crainte d’être arrêtés sur place, un haut responsable du ministère de la santé, Abbas Ebadi, a assuré jeudi que les établissements de santé ne pratiquaient aucune « discrimination de race, idéologie ou nationalité. Qu’ils soient étrangers, Iraniens, manifestants ou non, nous les soignons », a-t-il assuré.



