En 1972, Gisèle Halimi défendait devant les assises de Bobigny [Marie-Claire Chevalier], une jeune femme accusée d’avoir avorté après un viol. Son plaidoyer, historique, résonnait comme un manifeste : une femme devrait avoir « le droit de disposer d’elle-même ». Ces mots, prononcés dans le cadre d’un procès pour avortement, portaient en eux une revendication universelle : le droit de chaque femme à l’autonomie corporelle, à la dignité, à l’intégrité.
Le contexte était celui d’une lutte contre l’oppression étatique et sociale, contre une société qui refusait aux femmes le contrôle sur leur propre existence. Plus de cinquante ans plus tard, Gisèle Pelicot nous rappelle que la notion de disponibilité du corps des femmes demeure profondément ancrée dans nos sociétés.
Cette exigence d’autonomie et de dignité se trouve de nos jours confrontée à une menace d’une nature radicalement différente. Si la bataille de nos aînées portait sur le droit de disposer de leur corps face à des normes sociales oppressives, le combat contemporain s’étend aujourd’hui aux outils numériques, l’intelligence artificielle (IA) se révélant comme le nouvel ennemi des femmes.
Retour en arrière
Depuis fin 2025, nombreux sont les utilisateurs qui détournent l’outil d’IA Grok, développé par xAI [l’entreprise d’Elon Musk], pour générer des deepfakes à caractère sexuel, ciblant indifféremment des femmes, qu’elles soient majeures ou mineures. Cette affaire n’est pas isolée : elle s’inscrit dans une tendance plus large, caractérisée par la prolifération de sites Web et d’applications accessibles qui permettent de déshabiller, de sexualiser ou de transformer le corps de femmes sans leur consentement.
Ces technologies d’IA réinventent la domination masculine en s’appropriant l’image des femmes, ou en modelant des femmes virtuelles à l’aune des fantasmes les plus rétrogrades. Il est désormais possible de générer des images de femmes « sur mesure », calibrées selon des critères précis (origine, ethnie, âge, morphologie, taille de la poitrine…), systématiquement sexualisées, soumises, réduites à l’état d’objet de fantasme. Ces pratiques marquent un retour en arrière, une régression vers des stéréotypes que les mouvements féministes combattent depuis des décennies. Pire, elles inventent une nouvelle forme de contrôle sur le corps des femmes, en s’appropriant leur image, en la déformant, et en la diffusant sans leur consentement.
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