mercredi, janvier 21

La plus grande ferme terrestre de saumons du monde pourrait bientôt s’implanter en France. En Gironde, dans le terminal portuaire du Verdon-sur-Mer, l’entreprise Pure Salmon ambitionne d’installer 24 bassins pour produire près de deux millions de poissons par an, soit entre 4 et 5% de la consommation française.

La société financée par un fonds d’investissement singapourien assure que son projet est « respectueux de l’environnement » et répond à « un enjeu de souveraineté alimentaire », alors que 99% du saumon consommé en France est importé, mais aussi économique avec la création de 250 emplois. La communauté de communes, début décembre, a voté à la quasi-unanimité pour la construction de l’usine.

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Ce projet d’élevage XXL suscite cependant une vive polémique. Sur le terrain, la contestation a pris de l’ampleur ce dimanche, alors que plusieurs centaines d’opposants se sont rendus sur le site prévu pour la future usine, à la veille de la clôture de l’enquête publique, qui a enregistré plus de 20 000 contributions, quasi toutes défavorables.

Un moratoire réclamé par des parlementaires

Au niveau parlementaire, l’action s’organise. La députée LFI de Haute-Garonne, Anne Stambach-Terrenoir, et ses collègues écologistes, Damien Girard (Morbihan) et Benoît Biteau (Charente-Maritime), ont réclamé ce mardi 20 janvier l’adoption « sans délai » d’un moratoire de dix ans sur les « fermes-usines » d’élevage de saumons en circuit fermé.

Tous trois portent depuis mars cette proposition de loi transpartisane, soutenue par une centaine de parlementaires, et insistent sur l’urgence à agir. « Ce texte doit passer à l’acte parlementaire sans délai : le projet Pure Salmon, le plus grand élevage intensif terrestre de saumons au monde, est sur le point de franchir une étape décisive », ont-ils écrit aux côtés de 27 organisations signataires dans un « Appel pour l’océan », lancé par l’association Welfarm et l’ONG Seastemik.

Ils demandent parallèlement à la ministre de la Mer, Catherine Chabaud, de « prendre position dès maintenant » contre ce type de projets, et au préfet de Gironde de ne pas délivrer d’autorisation environnementale à Pure Salmon.

Un projet « complètement démesuré »

Selon ses détracteurs, ce projet « complètement démesuré », gourmand en eau et en énergie, menace l’écosystème de l’estuaire, le plus grand et le plus sauvage d’Europe, qui pâtirait des rejets de boues, au détriment de la pêche et de la conchyliculture locales. Ils dénoncent aussi l’entassement des poissons dans les bassins et l’origine de leur nourriture – farine et huile issues de poissons pêchés en Afrique de l’ouest et soja sud-américain.

L’entreprise répond que sa « technologie éprouvée » garantit « un impact maîtrisé sur la biodiversité », que « le bien-être animal est au coeur du projet » et que son approvisionnement obéit à des « normes strictes », assurant aux saumons une alimentation « responsable et traçable ».

Dans ce débat, la Commission locale de l’eau, le BRGM et le Conseil scientifique de l’estuaire de la Gironde ont rendu des avis défavorables, ce dernier critiquant, dans son avis rendu lundi, « des imprécisions et manques » derrière les « affirmations rassurantes ».

A Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), un projet similaire de la société suisse Local Ocean a obtenu l’autorisation environnementale de la préfecture mais les opposants ont saisi la justice administrative, tandis le Norvégien Smart Salmon, qui voulait implanter une usine à saumons près de Guingamp (Côtes-d’Armor), avait jeté l’éponge fin 2024 face à la fronde locale.

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