samedi, février 14

Le message n’a pas été improvisé. Le Qiushi, revue théorique officielle du Parti communiste chinois, a publié [le 31 janvier] des propos du président Xi Jinping projetant de faire de la devise du pays, le renminbi (le yuan étant son unité de compte), une monnaie de réserve internationale. Le projet stratégique de Pékin est désormais explicite : il s’agit de contester l’ordre monétaire hérité de l’après-guerre, dominé par le dollar.

Cette annonce intervient dans un contexte mondial particulièrement instable. La montée des tensions géopolitiques, la fragmentation du commerce et le retour de politiques économiques imprévisibles aux Etats-Unis ont ravivé les interrogations sur la solidité d’un système financier largement centré sur le dollar. Le billet vert a récemment atteint son plus bas niveau en quatre ans face à un panier de devises.

C’est dans ce climat que la Chine avance son ambition monétaire. Depuis plusieurs années, Pékin encourage l’usage du renminbi dans les échanges commerciaux, notamment avec les pays émergents et les exportateurs d’énergie, développe des infrastructures de paiement alternatives et cherche à réduire sa vulnérabilité aux sanctions financières occidentales. L’objectif est clair : desserrer l’étau du dollar, gagner en autonomie stratégique. Mais l’écart demeure considérable entre cette volonté affichée et la réalité du système monétaire international.

Contraintes structurelles profondes

Les chiffres en témoignent. Selon les données du Fonds monétaire international, le dollar représente encore près de 57 % des réserves de change mondiales, loin devant l’euro, à environ 20 %. Le renminbi, malgré une progression régulière, ne dépasse pas les 2 %. Sur le marché des changes, constat similaire : le dollar intervient dans près de 90 % des transactions. Le renminbi, lui, reste marginal, même s’il progresse.

Ces déséquilibres ne sont pas seulement le fruit d’un ordre monétaire hérité : ils reflètent des contraintes structurelles profondes. Une monnaie internationale suppose une convertibilité totale, des marchés financiers profonds et liquides, et surtout une confiance durable dans les institutions qui l’émettent. Or le renminbi demeure soumis à des contrôles de capitaux stricts, à une intervention politique constante et à une gouvernance monétaire dont l’indépendance reste limitée. En période de crise, cette absence de prévisibilité constitue un frein majeur à son adoption comme réserve de valeur mondiale.

Il vous reste 51.48% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Share.
Exit mobile version