L’Union européenne (UE) se cherche de nouveaux alliés. Lâchée par les Etats-Unis, méfiante à l’égard de la Chine qu’elle qualifie de « partenaire et rivale systémique » et menacée par la Russie, elle veut à tout prix forger de nouvelles alliances. En l’espace de quelques semaines, la Commission européenne a signé des accords commerciaux, qui étaient en déshérence depuis des décennies, avec plusieurs grands pays émergents, dont l’Inde et les pays du Mercosur.
Dans un monde où les Etats-Unis veulent imposer la loi du plus fort et où la Chine a peu de crédibilité pour garantir le multilatéralisme, l’Europe a une carte à jouer auprès de ses partenaires du Sud global : créer avec eux un espace sûr, régi par des règles transparentes et équitables en matière de commerce. Or si l’Europe veut se rapprocher des pays du Sud, elle doit faire face à son passé colonial et écouter leurs revendications. S’il existe un dénominateur commun parmi les pays du Sud global, c’est bien leur statut d’anciennes colonies. Les accords de commerce ne peuvent pas réparer les crimes du passé.
« Les profits obscènes tirés de l’esclavage et les idéologies racistes qui sous-tendaient la traite sont toujours parmi nous. » Dans un discours prononcé le 25 mars 2025, ce n’est ni un leader indépendantiste, ni le président d’un ancien pays colonisé qui le dit, mais le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres. Sur cet enjeu crucial, il est rejoint par le président ghanéen, John Dramani Mahama, qui a affirmé, le 25 septembre 2025, à la tribune de l’ONU : « La traite des esclaves doit être reconnue comme le plus grand crime contre l’humanité. » De même, le premier ministre nigérien, Ali Mahamane Lamine Zeine, a réclamé, le 28 septembre à la France, qu’elle reconnaisse les crimes commis durant la colonisation.
Le chemin de l’Espagne
Du XVᵉ au XIXᵉ siècle, selon les chiffres des Nations unies, entre 25 millions et 30 millions d’Africains – près d’un tiers de la population du continent à l’époque – ont été enlevés de force de leur terre natale. Les 55 membres de l’Union africaine ont retenu, comme thème principal en 2025, la « justice pour les Africains et les personnes d’origine africaine à travers les réparations ». Si elle continue d’ignorer cette question, l’UE prend le risque de laisser des pays rivaux, au premier rang desquels la Russie, exploiter ces traumatismes pour attiser l’hostilité envers l’Occident, tout en se présentant aux Africains comme une puissance anticoloniale, ce qui ne manque pas de sel au vu de la guerre qu’elle mène en Ukraine et de ses pratiques en Afrique.
Il vous reste 40.87% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.




