dimanche, mars 8

Le standard du travailleur masculin va-t-il continuer à dicter les règles de la prévention des risques professionnels ? Et, ce faisant, à éclipser les risques spécifiques qui menacent la santé et la sécurité des femmes au travail ? Depuis de nombreuses années, des travaux de recherche montrent les limites de ce modèle implicite. C’est le cas de la photographie statistique de la sinistralité selon le sexe, réalisée par l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail, depuis 2012, qui met en évidence des écarts significatifs, longtemps invisibilisés.

Malgré ces coups de projecteur, la question demeure. Il suffit, pour s’en convaincre, de consulter le dernier bilan de l’Assurance-maladie sur les accidents du travail, qui, derrière une baisse globale de 25 % depuis vingt ans, fait apparaître une évolution fortement asymétrique : une diminution de 40 % des accidents pour les hommes, mais une hausse de 26 % chez les femmes. Du côté des maladies professionnelles, comme les troubles musculosquelettiques (TMS), les lésions cutanées ou les épisodes dépressifs en lien avec le travail, les travailleuses sont également les plus touchées.

Ces écarts ne sont pas le fruit du hasard. La répartition sexuée des emplois reste marquée. Dans les secteurs où les femmes sont majoritaires (santé, soin, travail social, commerce, entretien, services aux personnes), les risques sont moins visibles. D’une part, parce que leurs effets sont différés : les TMS s’installent après des années de gestes répétitifs, les atteintes psychiques à la suite d’expositions prolongées aux risques psychosociaux.

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D’autre part, parce que ces emplois, lorsqu’ils sont exercés au domicile des personnes aidées ou dans des espaces fragmentés, restent à distance des dispositifs de formation, d’évaluation et de prévention. Pourtant, le taux de gravité des accidents du travail dans les activités de services est comparable à celui du bâtiment et des travaux publics. Quant aux agentes d’entretien, elles manipulent des produits chimiques susceptibles de provoquer des atteintes oculaires, respiratoires ou cutanées.

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