vendredi, janvier 30

Parmi les arguments avancés par le président des Etats-Unis, Donald Trump, pour justifier l’intervention militaire au Venezuela – au-delà du renversement du régime bolivarien et de la récupération d’actifs pétroliers américains nationalisés par le chavisme – figure la lutte contre le « narcoterrorisme », crime dont se serait rendu coupable le président Nicolas Maduro. Or une telle ambition démontre une méconnaissance manifeste des transformations qui ont récemment reconfiguré les mafias et les économies illicites mondiales.

Maduro ne peut pas être le chef du narcotrafic vénézuélien, tout simplement parce que le marché global de la cocaïne ne s’organise plus autour de barons, comme à l’époque du fameux trafiquant de cocaïne colombien Pablo Escobar (1949-1993). Sa traque relève davantage d’une mise en scène médiatique qui confond l’opinion publique.

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Agir contre un phénomène suppose d’abord d’en comprendre la nature. Les groupes criminels vénézuéliens jouent aujourd’hui un rôle secondaire dans la logistique de la cocaïne à destination de l’Amérique du Nord et de l’Europe. Les données de la DEA [Drug Enforcement Administration] montrent que l’essentiel de la cocaïne entrant aux Etats-Unis transite de la Colombie par le Mexique, et non par le Venezuela. De leur côté, l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives et l’Agence de l’Union européenne sur les drogues indiquent que la majorité des saisies européennes proviennent de flux transitant par le Brésil, l’Equateur et la Colombie. Si la consommation de cocaïne est relativement stable aux Etats-Unis, elle connaît en revanche une forte progression en Europe.

« Plateformisation criminelle »

Nos terrains de recherche menés entre l’Amérique latine et l’Europe montrent par ailleurs que les principaux acteurs de la chaîne de valeur de la cocaïne sont l’organisation brésilienne Primeiro Comando da Capital (PCC), la plus importante fraternité criminelle d’Amérique du Sud, et des organisations mafieuses européennes. Celles-ci sont principalement originaires des Balkans et opèrent en lien avec des partenaires en Italie, aux Pays-Bas, en Espagne et dans d’autres pays européens. Dans ce contexte, la France est devenue un espace de transit de plus en plus stratégique.

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